2016-02-26

respirer

je m'acharne
à vivre

je me décharne
à vivre
sans vivre
ni vivres

tellement
de peaux
laissées
derrière
que je n'ai plus
de chair
à donner

que des muscles perdus
des tendons abandonnées
sur une poignée de nerfs
jetés à la face du monde

des synapses
débranchées
qui tiltent
vers le néant

le grand vide
qui se nourrit
de nos seules présences
et de nos dernières viandes
qui luttent

qui palpitent
pour respirer
encore

2016-02-20

centre commercial

mes ailes
empêcheront
ma réanimation

je me volatilerai

je me volatiserai
dans le vide
et mon âme
polluée
finira au fond
des cendriers

je finirai
comme
un point noir
comme
tout le monde
comme
un simple
sous-produit
de combustion
qui touffe
sous les mégots
et les botches
et qui s'étouffe

mes éclipses
prendront la forme
de pannes électriques
persistantes
incrustées
indélébiles
dans nos bronches
dans nos branchies
de vieilles carpes
coincées
cancérigènes
dans des étangs japonais
à tourner en rond
à passer les années
à tourner dans le vide
à se chercher une saveur
et à mendier
une trace
une vie infinitésimale
une portion d'épice
un parfum inédit
un souvenir
inouï et véritable
un semblant d'humanité

le strict essentiel
qu'il faut pour tenir en vie
alors que ce centre commercial
devient notre dernier refuge

2016-02-16

périph'

je fabrique pour toi
une poupée vaudou
de viandes sales
et de tissus volés
en collant tes cheveux épars
sur des découpes de cotons
et des greffons de plaies

tout s'agite
dans ma cicatrice
et le fond
de ma fontanelle
se brouille

je revois la salissure vague
ce souvenir indélébile
d'une tache originelle

j'irai alors
à la pharmacie
me faire une copie
de ton génome
pour me procurer
une belle saloperie
numérique
se voulant pure
mais coupée aux détergents
cousue aux aines
avec des tie-wraps
dans un salon de tatouage

je sortirai
de la chambre
hors des draps
avec une morsure
aux commissures

mon souffle
vierge
impur
gonflera
ma peau enfouie
sous des cartilages bruts
de tressages
et de barbelés brillants
filés d'un acier neuf
qui déchirent
nos restants de créatures banales
nos bouts de crevures
qui baisent
dans la noirceur

nos carcasses
de pauvreté
s'enlaçant
sur un terrain vague
ce lieu désaffecté
sous les viaducs
pour jouer
comme avant
à tag barbecue
ou à chat perché
avec la nuit
et ses griffures

je me fais
des greffes de lampadaires
des infusions de sécurité
parce qu'il nous faut tenir bon
quand viendront
les animaux nouveaux
aux vagues allures d'hommes
pollués
mais debout
pâles
translucides
dans un matin cireux
de particules fines
à respirer
le diesel
du matin
pendant
que s'accumule
une colère brute
brune de smog
qui débordera
dans tous
les bouchons
du périph'

2016-02-02

impureté

j'ai sur moi
cette odeur
de sans-abri
de SDF
de vieillard
défraîchi
qui me colle
indélébile
sur les doigts
sur la peau

cette
emprise
de l'odeur
de l'obsolescence
des chairs
qui s'incrustent
dans les viandes

ça y est
je suis un vieux débris
ringard planifié
tuméfié
momifié
dans un pergélisol
de méthane
congelé

et pourtant
je fond
goutte à goutte
vers le vide

une seule vie
de paradoxe
entre la mort clinique
et la noyade
dans les antiseptiques

je suis debout
venant
d'un seul refuge

je me vautre
sans cesse
dans des boues polluées
dans de nouveaux biotopes
issus d'un purin frigide
fragile
vitrifié
né de l'illusion
d'une renaissance
vaine
et impure
comme
une nouvelle jeunesse
mensongère

berné
par la promesse
d'un visage
photoshoppé
sans cesse

cette peau pure
loin des ratures
écartée des brisures
mise à l'écart
à l'abri
loin des autoroutes
et des particules fines
qui entravent
le souffle

embolie
pulmonaire
dans l'immortalité

tu seras
cette fille Montsanto
qui chevauche nue
des épis de maïs éternels
et qui servira de témoignage
quand notre sol instable
vacillera
dans les permutations
d'un génome
illégal