2015-11-27

serial insomniac

serial insomniac
avec des nuits poudreuses
qui s'effritent
dans mes veines

des nuits blanches
en série
perdues dans
les rayons
des supermarchés
entre la viande congelée
et les plats préparés d'avance

le sang frigide
qui coagule
dans un coeur 
qui n'embraye pas
et qui fuit son huile
entre les nids de poule

la webcam 
qui s'allume
avec mon adresse IP
affichée
en rouge
sur fond jaune
étoile juive
mon étoile juive
cousue
sur mon coeur flou
en arythmie pure

je suis 
une vieille Pontiac 1975
avec un carburateur fêlé
qui roule à tombeau ouvert
le V-8 à vif

mes engrenages 
qui boivent du WD-40
comme de la nitroglycérine

je me sais
fritté
avec des rétines
qui ne tiennent pas en place
tout m'aveugle
j'ai trop bu 
de lave-vitre
trop pris de décapant
pour rester 
sur la route

2015-11-21

infra-humains

nous sommes
des infra-humains
des résidus de primates
des échos d'humanité
aux possibilités limitées
plaqués
sur des horizons cintrés
cousus main
sur des plaques tectoniques
qui rampent
sous les cathéters

nous vivons
comme des monarques
de pacotille
dans nos clapiers de parvenus

un horizon de béton
du mauvais côté du périph'
dont la date de péremption
nous fait espérer
des cathédrales
de miracles

nous marchons
debout
avec des béquilles de cristal
qui s'effritent
sur le bitume
dans des allées
des supermarchés
à chercher des reliques de saints
dans des pots de yaourt

nous portons
nos boursouflures
comme des plaies de guerre
des marques de bravoure
cicatrisées
cousues
en chair et en os
sur nos voix
gorgées de sauce samuraï

le compteur
à kilocalories
s'allume
dans nos têtes
à force de s'injecter
de l'huile de palme

nous rêvons
d'acrylamide
en dose mortelle
pour en finir
pour aller nous noyer
dans un baril de KFC

et
nous errons
nus
debout dans un MacDo
scintillant
de graisse animale
qui frôle
notre nudité ordinaire
d'un vide
universel
qui nous unit

2015-11-16

Charlie Bataclan

Charlie Bataclan
n'était
ni black
ni blanc
ni beur

juste
Charlie Bataclan
au café du coin
comme toi ou moi
le mec parisien
le gars intramuros
ou celui
qui débarque
du 93
du 94
ou du 95
le type en visite
venu de Berlin ou de Taiwan
la fille de la fac
la copine
qui sort boire un café
tu sais
Charlie
Charlotte
Chahid
Chineka
Chiara
on s'entend
la vraie vie
à sourire comme d'hab
sous les auvents
et la fumée des clopes
dans l'encens vicié
des pots d'échappement

tu sais
la bande
du vendredi
comme
à chaque vendredi
tous là
à boire un demi
à flirter une voisine
ou à séduire un voisin
dans la capitale
des abominations
et de la perversion
selon certains
mais c'est Paname
pour ceux qui y sont

puis
arrive
un fuck

la flashmob
des terroristes

un drive-by shooting
de lâches
à kalash
tout se lâche
le whiplash
du réel
tout crashe
d'un coup
dans un clash
à balles réelles
fichés
dans la viande
entre les fiches techniques
et les bourreaux

des petits garçons
fichés S
qui fuitent
sous le radar
de Bruxelles
et qui descendent à Paris
pour abattre l'insouciance
à coup de ceintures d'explosifs
pour éteindre
le simple souffle
le premier souffle
ou le dernier

le souffle
le seul
celui qui est là
quand le seul fait de vivre
devient motif de condamnation
quand le seul fait
d'être là
justifie ta mort

tu dois crever
parce que tu as
besoin de respirer
juste le besoin
de vivre
avec
devant toi
le vide
le manque d'air

des justiciers
anonymes
débarquent
dans une Polo noire
et parlent
d'un dieu d'amour
en nettoyant ta vie
au Karcher

ils et se mettent
de la dynamite
dans le cul
pour nous balancer
leurs entrailles
au visage

petits kamikazes d'occase
des enfants perdus
dans des peaux d'hommes
parfumées au TATP
qui rêvent 
de fellations 
de cracher leur Daech
sur des vierges
plus pures
que la pure
des drogues

puis plus rien
les débris
les corps en masse
le charnier
les séquences Twitter
qui repassent en boucle
dans nos crânes

à en vouloir
à vouloir
recoudre
les plaies
avec des émotions brutes
qui flottent en l'air...

je suis Charlie
je suis Bataclan
je suis ça
je suis rien
je suis Paris
et c'est tout
c'est toi
c'est moi
c'est nous
c'est tout
c'est rien
c'est la liberté
c'est l'égalité
c'est la fraternité
c'est ce qui nous fait lever le matin
c'est l'aube qui se lève
c'est la lumière naissante
c'est ce qui nous tient debout
c'est la verve
le verbe
la parole
c'est tout qui nous tient
debout
quand tout
veut s'effondrer

je suis Charlie
Bataclan
et je dis
et que j'ai besoin
de ta chaleur humaine
de base
juste ta proximité
ta personne
entière
ta peau sur la mienne
un contact de base
un humain
puis un autre
un simple lien
une passerelle
vers le réel

"Je me suis couchée, impuissante, dans la fosse lorsque tout le monde l’a fait instinctivement, dans le silence et la lumière rasante des projecteurs, entendant les tirs réguliers qui faisaient vibrer le sol. Je l’ai vu, ce type qui tirait avec le regard neutre et froid. Je me suis sauvée lorsque les issues de secours ont été ouvertes par un des vigiles. On a couru entre les corps, on s’est baissés pour éviter les tirs. On est sortis. Des gens étaient blessés, couverts de sang. J’en avais sur mon jeans. J’en avais sur mes mains."

seul le sang
reste
c'est notre seul liant
notre seul ciment
c'est ce qui nous unit
tous
quand on nous coupe
tout saigne
ça devrait suffire
mais c'est pas suffisant...

ci-gît
Charlie Bataclan
une portion de nous
une portion d'éternité
jetée aux orties

un anonyme
dans une fosse commune
entre la batterie et la guitare
quand le silence unit nos cadavres
la résonance muette
des chairs crues
qui creuse
les sillons
de nos rides
pour s'inscrire dans
une plaie
au premier degré

2015-11-13

salmonellose

cellophane
cellophane
sur cellophane

entrecôte
sur onglet

échine
sur travers

à remodeler ta vie
en comprimant tes chairs
dans des tripes d'agneau

à te faire croire
que tu vis autre chose

que tu es
autre chose
qu'une une viande
périmée
et ré-emballée
dans une barquette
d'insignifiance
au fond du congélateur

tu faisandes
en attendant
de dégeler
dans une flaque
de sang
et de salmonellose
sur le plancher
carrelé
d'un passage
à vide

2015-11-07

Paris clivages

Paris
avec
tes clivages
tes canyons
haussmanniens
monochromes
qui laissent croire
qu'un paysage
est possible

retranchée
tu te terres
dans des cafés
qui se mutent
en Starbucks
ta vieille peau royale
se laisse tanner
au soleil
sur les boulevards

Henry Miller
ne te reconnaîtrait plus
dans ta rigidité
ta raideur crasse
de vieille bourgeoise

tout niquer devient vital
car la sueur
suinte
sous les pavés

Paris
dégaine
de fille convenable
trop mince
trop parfaite
cadrée
cadre sup
baisable
mais
imbaisable
qui mange bio
pour finalement
s'évaporer
dans des bulles
de Badoit