2015-12-18

souchiens

nos salives miscibles
portent une terreur lisible
une parole
de ruelles
qui se nourrit
aux vide-ordures

un suicide français
vomit les gens
les uns contre les autres

entrechoqués
les africains
les kafir
les musulmans
les souchiens
les mangeurs de porcs
les manifs pour tous
les touristes chinois
les amerloques à gogo
recrachés
comme une lasagne Findus
dans les Halles de Paris
quand la nuit
hésite à naître
à moitié digérée
entre les voitures
et les smartphones

les gens du vélibs
et djeuns du fast food
se tirent à la kalash
au pied des barres d'habitation

des nouvelles tribus
naissent
dans les griffures
d'un tabac de narguilé
de contrebande

je te sais prostré
frustré
prêt à éclater
comme un soleil
au temps
de Nagasaki

follow spot 0.3_*E

sous tes bas résille
crépite le wattage à vif
de tes tatouages 
de fausses mamelles

tu danses
sur mes cassures

cerusées
et ton sourire calfeutré
ressemble 
à une cicatrice usée aux aines

des veines battantes
te servent de corsage
pour des attouchements
illicites
au fond des peaux

tu seras
mon follow spot
mon équinoxe blanche 

de Javel
de lumière
versée 
sur ce qui reste
de ma peau

je n’ai plus la force 
de me montrer en vie
sans filtres 
ni vaseline

juste
cette envie nue
de plonger mes mains
entre tes murs de cuirs
pour accoucher
du silence
servira de chair 

à nos mensonges

2015-12-11

pétrochimie_*E

mutant électro 
le kid du dancehall
au rub-a-dub style
qui fait du scratch 
à coup de grinder sur le béton
à force de baigner
dans 
les éclats
les étincelles
les lueurs sales
de la caverne
pour peindre 
des ombres
qui fuitent
et se dilapident
dans la lueur
la peur
ou la sueur
salissante
d'un seul soleil

cet oeil borgne
qui va crever
un jour
dans une naine rouge
une obésité
d'hydrogène
en fusion
et qui dévorera 
la vie et tout 
ce qui restera

une petite mort
par incinération
une friture de mort
commanditée
par les champs pétrolifères
de Total
ou de la Royal Dutch Shell
ou de British Petroleum

un coeur
une plateforme de forage
dans les veines
où rien ne tient

le vide
du crackage catalytique
qui te sert de pied-à-terre

2015-12-04

sexes au soleil

terrain vague
ou cour d'école

en ce juillet fauve
je lis des corps défraîchis
de vieux magazines Playboys
qui traînent au sol
avec des flashbacks de catfights
dans un magazine Lui de 1979
une masse de corps nus
jaunissant dans le vent

je m'invente
des toisons d'or
des chairs nouvelles
des sexes au soleil
à toucher du doigt
à palper les poils
avec la glaise
et la salive

à te souiller
à te spolier
à te rendre pareille à moi
à quatre pattes
dans la boue
à mendier des attouchements
entre les cartons et les mégots

le décor
d'abandon
aux contours indéfinis

le lieu interdit

2015-11-27

serial insomniac

serial insomniac
avec des nuits poudreuses
qui s'effritent
dans mes veines

des nuits blanches
en série
perdues dans
les rayons
des supermarchés
entre la viande congelée
et les plats préparés d'avance

le sang frigide
qui coagule
dans un coeur 
qui n'embraye pas
et qui fuit son huile
entre les nids de poule

la webcam 
qui s'allume
avec mon adresse IP
affichée
en rouge
sur fond jaune
étoile juive
mon étoile juive
cousue
sur mon coeur flou
en arythmie pure

je suis 
une vieille Pontiac 1975
avec un carburateur fêlé
qui roule à tombeau ouvert
le V-8 à vif

mes engrenages 
qui boivent du WD-40
comme de la nitroglycérine

je me sais
fritté
avec des rétines
qui ne tiennent pas en place
tout m'aveugle
j'ai trop bu 
de lave-vitre
trop pris de décapant
pour rester 
sur la route

2015-11-21

infra-humains

nous sommes
des infra-humains
des résidus de primates
des échos d'humanité
aux possibilités limitées
plaqués
sur des horizons cintrés
cousus main
sur des plaques tectoniques
qui rampent
sous les cathéters

nous vivons
comme des monarques
de pacotille
dans nos clapiers de parvenus

un horizon de béton
du mauvais côté du périph'
dont la date de péremption
nous fait espérer
des cathédrales
de miracles

nous marchons
debout
avec des béquilles de cristal
qui s'effritent
sur le bitume
dans des allées
des supermarchés
à chercher des reliques de saints
dans des pots de yaourt

nous portons
nos boursouflures
comme des plaies de guerre
des marques de bravoure
cicatrisées
cousues
en chair et en os
sur nos voix
gorgées de sauce samuraï

le compteur
à kilocalories
s'allume
dans nos têtes
à force de s'injecter
de l'huile de palme

nous rêvons
d'acrylamide
en dose mortelle
pour en finir
pour aller nous noyer
dans un baril de KFC

et
nous errons
nus
debout dans un MacDo
scintillant
de graisse animale
qui frôle
notre nudité ordinaire
d'un vide
universel
qui nous unit

2015-11-16

Charlie Bataclan

Charlie Bataclan
n'était
ni black
ni blanc
ni beur

juste
Charlie Bataclan
au café du coin
comme toi ou moi
le mec parisien
le gars intramuros
ou celui
qui débarque
du 93
du 94
ou du 95
le type en visite
venu de Berlin ou de Taiwan
la fille de la fac
la copine
qui sort boire un café
tu sais
Charlie
Charlotte
Chahid
Chineka
Chiara
on s'entend
la vraie vie
à sourire comme d'hab
sous les auvents
et la fumée des clopes
dans l'encens vicié
des pots d'échappement

tu sais
la bande
du vendredi
comme
à chaque vendredi
tous là
à boire un demi
à flirter une voisine
ou à séduire un voisin
dans la capitale
des abominations
et de la perversion
selon certains
mais c'est Paname
pour ceux qui y sont

puis
arrive
un fuck

la flashmob
des terroristes

un drive-by shooting
de lâches
à kalash
tout se lâche
le whiplash
du réel
tout crashe
d'un coup
dans un clash
à balles réelles
fichés
dans la viande
entre les fiches techniques
et les bourreaux

des petits garçons
fichés S
qui fuitent
sous le radar
de Bruxelles
et qui descendent à Paris
pour abattre l'insouciance
à coup de ceintures d'explosifs
pour éteindre
le simple souffle
le premier souffle
ou le dernier

le souffle
le seul
celui qui est là
quand le seul fait de vivre
devient motif de condamnation
quand le seul fait
d'être là
justifie ta mort

tu dois crever
parce que tu as
besoin de respirer
juste le besoin
de vivre
avec
devant toi
le vide
le manque d'air

des justiciers
anonymes
débarquent
dans une Polo noire
et parlent
d'un dieu d'amour
en nettoyant ta vie
au Karcher

ils et se mettent
de la dynamite
dans le cul
pour nous balancer
leurs entrailles
au visage

petits kamikazes d'occase
des enfants perdus
dans des peaux d'hommes
parfumées au TATP
qui rêvent 
de fellations 
de cracher leur Daech
sur des vierges
plus pures
que la pure
des drogues

puis plus rien
les débris
les corps en masse
le charnier
les séquences Twitter
qui repassent en boucle
dans nos crânes

à en vouloir
à vouloir
recoudre
les plaies
avec des émotions brutes
qui flottent en l'air...

je suis Charlie
je suis Bataclan
je suis ça
je suis rien
je suis Paris
et c'est tout
c'est toi
c'est moi
c'est nous
c'est tout
c'est rien
c'est la liberté
c'est l'égalité
c'est la fraternité
c'est ce qui nous fait lever le matin
c'est l'aube qui se lève
c'est la lumière naissante
c'est ce qui nous tient debout
c'est la verve
le verbe
la parole
c'est tout qui nous tient
debout
quand tout
veut s'effondrer

je suis Charlie
Bataclan
et je dis
et que j'ai besoin
de ta chaleur humaine
de base
juste ta proximité
ta personne
entière
ta peau sur la mienne
un contact de base
un humain
puis un autre
un simple lien
une passerelle
vers le réel

"Je me suis couchée, impuissante, dans la fosse lorsque tout le monde l’a fait instinctivement, dans le silence et la lumière rasante des projecteurs, entendant les tirs réguliers qui faisaient vibrer le sol. Je l’ai vu, ce type qui tirait avec le regard neutre et froid. Je me suis sauvée lorsque les issues de secours ont été ouvertes par un des vigiles. On a couru entre les corps, on s’est baissés pour éviter les tirs. On est sortis. Des gens étaient blessés, couverts de sang. J’en avais sur mon jeans. J’en avais sur mes mains."

seul le sang
reste
c'est notre seul liant
notre seul ciment
c'est ce qui nous unit
tous
quand on nous coupe
tout saigne
ça devrait suffire
mais c'est pas suffisant...

ci-gît
Charlie Bataclan
une portion de nous
une portion d'éternité
jetée aux orties

un anonyme
dans une fosse commune
entre la batterie et la guitare
quand le silence unit nos cadavres
la résonance muette
des chairs crues
qui creuse
les sillons
de nos rides
pour s'inscrire dans
une plaie
au premier degré

2015-11-13

salmonellose

cellophane
cellophane
sur cellophane

entrecôte
sur onglet

échine
sur travers

à remodeler ta vie
en comprimant tes chairs
dans des tripes d'agneau

à te faire croire
que tu vis autre chose

que tu es
autre chose
qu'une une viande
périmée
et ré-emballée
dans une barquette
d'insignifiance
au fond du congélateur

tu faisandes
en attendant
de dégeler
dans une flaque
de sang
et de salmonellose
sur le plancher
carrelé
d'un passage
à vide

2015-11-07

Paris clivages

Paris
avec
tes clivages
tes canyons
haussmanniens
monochromes
qui laissent croire
qu'un paysage
est possible

retranchée
tu te terres
dans des cafés
qui se mutent
en Starbucks
ta vieille peau royale
se laisse tanner
au soleil
sur les boulevards

Henry Miller
ne te reconnaîtrait plus
dans ta rigidité
ta raideur crasse
de vieille bourgeoise

tout niquer devient vital
car la sueur
suinte
sous les pavés

Paris
dégaine
de fille convenable
trop mince
trop parfaite
cadrée
cadre sup
baisable
mais
imbaisable
qui mange bio
pour finalement
s'évaporer
dans des bulles
de Badoit

2015-10-31

IROC-Z

Huey Lewis and the News
et de la cocaïne
au volant
d'une Camaro IROC Z
bleu metal flake
défoncé
à sniffer
les lignes fluos
de tes déhanchements
à boire ta sueur rance
et le lycra jaune
de tes veines
qui pulsent
sous les stroboscopes

belle
de silicone
bombasse
écarlate
tu t'éclates
en attendant le retour
of the boom bap

"you know my name
never crossed over"

toujours debout
le sexe durci
par la section adulte
des vidéoclips
sur Youtube
où les vieux VHS
bavent une mouille cathodique
de blonde bleachée
et de pornos californiens

l'usure javelisée
délavée
suinte
dans des copies illégales
de snuff movies

ma défonce
se fera en direct
en rediffusion sous-titrée pour les malentendants
live and direct
sans condom
le sursaut
le bareback lubrique
et lyrique
avec ce que cela comporte
de risques
et de sauts
dans le vide

2015-10-23

tie-wraps

pas mort
pas encore
pas trop sûr
d'être vivant
non plus

j'ai le pouls fade
de la quarantaine

la quarantaine
d'un moment
loin des vivants
à soigner des plaies 
qui réouvrent
parce que mal cousues

un tie-wrap
pour rattacher les chairs
sur des syllabes qui fuitent
hors des pansements

je traîne
des silences lourds 
comme des pierres
pour lapider
ce qui se couche
dans ma rage

mon haleine
porte une boue
mêlée aux tripes

à tout ce qui m'attend
des pierres plein la peau

m'écraser au sol
sous les coups
et les cris
pour 
attendre 
le dernier souffle

2015-10-16

johnny mnémonique 0.2_*E

jours de grand vent
et ce souffle
qui charrie
les poussières

les vieux journaux
meurent
en silence

les sacs de plastique
vont mourir
dans l'estomac
des derniers poissons

jours de grand vent
les bourrasques
qu'on peut entendre
sont sans importance

la banalité ordinaire
de la bousculades des syllabes
un amas de voyelles
retombe au sol
s'accumule au pied
des gratte-ciels
en tas de fientes
grises

l'opium délavé
des restant de journées
incompréhensibles

des sacs de plastique
se déposent sur mes pensées
et obstruent ma mémoire

johnny mnémonique
fait de l'alzheimer
et joue du klezmer
épileptique
nu
dans le parc vide
d'un orage médiatique

2015-10-02

élastiques

pour S.N.

fatigué
de ta présence
de te savoir là
sans me voir

fatigué
de tout ce qui m'appelle
et de ce que je dois taire

fatigué
de m'enfouir
dans ce long silence
de me noyer dans la musique
dans les vapeurs
dans mes nuits creuses
avec l'immobile tumeur
qui me ronge
à la longue

fatigué
à force d'attendre
j'use mes jours
à la prison
des viandes

j'ai un corps
en manque
qui tremble
perforé de désirs
qui s'effilochent
par les veines

j'ai des artères
qui cèdent
comme des élastiques usés
qu'on étire trop
et qui snappent
au creux
des côtes

2015-09-26

baculum

l'ancien Eden
sera réouvert
converti
en shopping mall
aux parfums
de duty-free
d'aéroport

je m'y coucherai
en plein centre
au milieu
des allées
et mon sexe bandé
sera ouvert
pour en extraire
un os

la côte d'Adam
sera plantée
sous les seins
de la nouvelle Eve
pour y injecter
un botox véniel
ou un autre péché originel
un cathéter fouillant
des implants mammaires

tout brûlera
d'une maladie
nouvelle
sous nos peaux tendues
les veines bleuies
par une overdose
de viagra

nous mangerons
des fruits
interdits
brevetés
par monsanto

Caïn et Abel
iront boire
ma moëlle épinière
sur les tapis
polychromes
d'un paradis
de polyester

nous verrons
que nous sommes
nus
arrosés de défoliant
et contaminés
par le virus de la connaissance

2015-09-18

femen

aréoles
contre auréoles
la sainteté
pure
des grenades
sur l'indécence
des mamelles
à déflagration

ta parole
nue
échappe
des seins noircis
au Sharpie
aux stigmates indélébiles
des tatouages
à dégriser
par la grisaille

debout
seule
avec tes seins bandés
tu sers
des cocktails de mamelons
à nos dictatures de salon

nos éminences
copulent avec l'esprit saint
dans l'insémination artificielle
du fond des chapelles

tu luttes
les glandes mammaires
au vent
contre
les temples
contre
les mosquées
contre
les églises
les matrices
de pierres
qui renferment
le clonage
et les mammifères épiés
devenus inoffensifs

ta nudité de feu
ta flamme
brute
réveille des veines
sous les épidermes

l'amazone
perce
ses pores de peau
sous la pluie des matraques

tu éjacules
un allaitement lacrymogène
à la face des morts

il y avait
le boson de higgs

il y aura
le boson de femen

2015-09-16

prédateurs usés

dans les villes dortoirs
les tatouages usés
des rues désertes
se cachent
dans les pawn shop
pour le recel
des vergetures

de nouvelles violences
naissent tous les jours
et de vieux prédateurs
réaniment
des carcasses
sous leurs poings

ils veillent
pour la traque
et réveillent la lune sale
pour poser
des pièges
dans la fumée
des Marlboro

avec leurs cartilages
et leurs narines usées 
ils sniffent des cuirs
de stations-service
pour les nouvelles danses tribales
au coeur des centres commerciaux

viens
nous irons
exciter
la chasse
la prédation pure
le corps qui suinte
les sentiers
les trails de travers
à l'abandon

viens
nous reprendrons
les pelletries
les tanneries
petrochimiques
et nous vivrons
dans une réserve
animale
où l'essence
sera notre seul
échappatoire

2015-08-29

Stucco Bar

on parlera longtemps
de ta virée folle
de ce soir de vrille
de ta robe de papier
dans ce bar de stuc
aux néons crevés
qui vomissent 
leurs étincelles

toujours 
ce même flou 
ce même soir recyclé
ce même fondu au noir
ces clichés hot
de séquences 
de lèvres
de bouches
de déhanchements
brûlants
comme des graffitis 
faits au crayon
sous les stroboscopes

des salives
s'évaporent

tes tatouages
de Crayola
fondent
dans la sueur

les vodka redbull
ne servent
qu'à rincer
le sol

la fille 
aux cires hachées
danse sur des rêves 
Instagram 
préfabriqués
par les colonies d'enfants 
de Foshan

2015-07-31

froissé

tu m'as trompé
avec Paris

tu m'as laissé
pour les rues clonées
du baron Haussmann
et des pavés mouillés
aux éraflures vives

moi
petit animal soumis
laissé en lambeaux
au fond d'un lit souillé

petit rongeur
creusant son terrier
froissé dans les draps
insignifiant
nu 
dans les épluchures
d'une passe
sans peau

2015-07-24

collision

fatigué
de toutes ces collisions frontales
de nos craquelures fines
de nos fêlures luisantes
qui brillent dans le noir

mes nuits courtes
à écouter le bruit
des os qui flanchent

le claquement du calcaire dans la veine creuse 
des jugulaires qui se décrochent
au creux des clavicules

nos cris fracturés
ressemblent à des vertèbres 
qui ne nous soutiennent plus

les tympans
s'enfoncent
nous sommes perclus
dans le silence
perfusés dans le smog
avec un embouteillage
dans le souffle

nos haleines alourdies
goûtent la naphtalène
frelatée

tu commandes 
de l'amiante en flocons
pour sniffer le désespoir
et arrêter l'incendie
qui se propage

2015-07-17

nouvelles terres

un bouquet
de rouille
et de roses grises
de cendres
et de barbelés

un bouquet
pour nourrir
les pouponnières
les terres à venir
les jachères
les attentes
puis les attentats
sous la grave solide
au fond de la trachée
compacte de gravats

ce qui attend
dans les strates
de nos dépôts
cherche à mourir

ma bétonnière
braquée sur le néant
charge des viandes
et décharge
ses sédiments
déposés
couche sur couche
dans la sédentarité
la plus solitaire

2015-07-10

Stockholm syndrome

tu es ma petite vérole
attachante
entremetteuse 
de salives sauvages
lorsque
ma langue
mouille le sol
d'une dentelle
de fange intiale

ton échine
plonge
dans l'animal
sur des entrecuisses
sculptés
en silence

je t'aime
depuis
que tu m'as ligoté
sur ce désir de vengeance

tu gruges
mes os
debout
de mon cloaque
à t'enraciner
dans un sol boueux
comme un murmure 

mon fantasme véniel
de cuir lustré
t'arrives
debout
les pieds
avec
tes empreintes
glissées
au fond de mon thorax
comme
un trou noir

cherchant
la boue du souffle
qui bat au coeur
sans planification
sans stratégie
je survis
sous les cagoules
et les menottes

2015-07-01

comètes

déconfiture momentanée
l'expansion des gaz
la cabine qui dépressurise
l'appel des comètes
qui se noie
dans le grand vide
du tunnel du métro

la posture rauque
des chairs de travers
à force de se ronger les ombres

passage à vide
à rapiécer des lueurs
pour se refaire un soleil
ou un patchwork de rayons

à recoller 
au fond de soi
une étoile rapiécée
pour repartir la combustion
pour rallumer les flambeaux

d'un seul coup
les étincelles
du passage à viande
brillent jusqu'au regard
on peut presque y voir
la voie lactée
au complet

2015-06-05

lacrymogène

je sais
qu'il nous faut
des jeux
plus violent
encore
avec
des sangles de cuir
des barbelés nouveaux
pour bien rougir nos peaux

sois
vibrante
donne-moi
une autre
nuit blanche

les yeux rougis
à goûter
le lacrymogène
de tes approches

la posture
des tes os
affutés
par la rongeure
et l'usure
qui crèvent
mes continents
qui dérivent
inlassablement

les tsunami arrivent
et frappent
d'autres terres
d'une plaie vivante

une nuit
finale
un dernier
contact
à toucher des nerfs
qui retournent
les souvenirs
qui irritent

plus rien nous rattache
sauf la colère
qui allaite
de nouvelles terres
avec un sang coagulé
où je pourrai poser
le pied
enfin

2015-05-29

paupières

les barrages qui cèdent
déversent un fiel nouveau
sur le dos des anges

un torrent de cris
dénudés
se mêle au sang
quand l'angoisse
survient
dans un fracas
de lumière

la fracture brute
des gravats
la chair humaine
reste coincée
sous nos ongles
à gravir les escarpements
de ce qui nous
écorche

je grave mes mots 
dans la lave
avec des brûlures
sur la langue
à force de réciter
les anéantissements
qui se lovent
sous mes paupières nouées

2015-05-22

nerfs optiques

je me sais
fracturé

un castrat
de plâtre
au coeur rétréci
à force
d'y griffonner
des ratures

j'ai le rire
noirci
et
je caresse
passagère
quand
la trace indélébile
de tes doigt englués
sur ma peau
laisse son encre

cela brûle le papier
et laisse mes souvenirs opaques

j'en ressens
les secousses

depuis ce matin
je me sais inopérant
prisonnier
des griffures fauves
et farouches
d'une panoplie
de griffes plantées
au fond de mes cuirs

tu viendras
à la conquête
de mon visages recousu
avec ta petite vérole
pour polluer
mes totems de polaroids
mes nerfs optiques
avec de faux souvenirs
imprimés
sur des étreintes
éteintes

2015-05-18

avortement

tu tentes
des jarretelles nouvelles
pour tester
l'élasticité des regards

savoir
si je suis
plus pervers
que toi
avec
mon oeil
penché
sous les jupes

tu montres
ton sexe rasé
frais et parfumé
aux enfants
aux passants
à tout ce qui bande
pour te faire sniffer
l'essence
en plein métro

tu reprends
du service
tu m'aspires le cœur
pour le recracher
dans les toilettes
comme un fœtus
après l'avortement

2015-05-08

bruxelles

entre pierre et verre
une brique dans le ventre
les langues
et les odeurs
les salives mêlées
me reste
un bordel de syllabes

un goedonavond
arrosé de Duvel

une enfilade
de pluies grises
sur des pierres bleues

une empilade
de langues
au chevauchement flou

une collision frontale
de voix disparates

un fond
de grande brocante

avec ses rues entassées
entre Horta et l'acier

avec ses vieux timbres de monarques
qui cotoient les putes polyglottes
et qui se saoûlent à la Jupiler

bruxelles
expose ses déchirures
ses racines pêle-mêle
ses ramifications
ses bifurcations
ses embranchements
ses intraveineuses
de soirée
en palace

c'est le carnaval
et les eurodéputés
portent des masques africains
volés au Congo
puis dansent nus
pour oublier
les enfants armés
disparus
dans la grisaille

une chimère
est née à Bruxelles
elle marche
sans tête
ni corps
et avale
tout ce qui respire

tandis
qu'une barque
de bureaucrates
rame
errante
pour tenter
de se souvenir
qu'une europe mutante
brûle des euros
pour se réchauffer
en plein soleil

2015-05-01

grandir

tu me parles
de grandir
à nouveau
de te laisser porter
de suivre une nouvelle vague
de t'y submerger 
de t'y noyer

mettre ma tête à prix
mettre mon corps
dans le composteur
et attendre
la chair
d'un terrain vague

lost
à temps perdu
à avaler des mensonges
dans des vapeurs de méthane

tu es mon amiantose
tu pollues mon souffle
quand je pénêtre
le tien

2015-03-20

aveuglements

souvenirs rapiécés
collés au hasard
copies conformes
de mes aveuglements
sous les flashes

le nitrate d"argent
qui brûle l'instant
sur nos palpitations

si je retiens mon souffle
assez longtemps
je pourrai
suspendre la lumière
au vol

je pourrai 
aller au fond
des choses

je me noyerai 
dans nos
dérangements
dans la brusque déferlante
de tes spasmes
dans la marée profonde
de la maladie des caissons

2015-03-13

corde vocale

langue
ou 
corde vocale
qu'on noue 
aux cous
des pendus

sous les coups de cravache
je cracherai
une cravate
en soie
celle que l'on sort
pour les grands soirs

mes crachats 
prendront
la forme
de syllables
à prononcer
dans des vocalises
de gangrène

mes mots vulgaires
mes petites onomatopées
difformes 
se balancent
en pendules cadavres
en un chant rauque
les pieds à l'ombre
de l'enfance
prise
dans la gorge

2015-03-06

dark web drug lord

je revends
des drogues de synthèse
de l'opium pixelisé
crevé aux cristaux de meth

les commandos affluent
avec leurs chiens renifleurs

les taupes parmi les taulards
la gueule en sang
le tarmac qui suinte
les dérives
de l'inondation
les pilotes de brousse indonésiens
qui crashent leurs avions rafistolés
peints au kérosène

la bande passante
frémit
puis hérisse
mes macrophages
sanglants

mes aiguilles
cherchent leurs veines
au creux des iPhones
de contrebande
pour downloader
des paradis artificiels
issues de laboratoires
en marge
des regards
de Google

tu télécharges
la version directors cut
d'une pulsion pure
à sniffer
de la poudre noire
non coupée
venant des M-16
du SWAT team

2015-02-20

collatéral

je suis
un dommage collatéral

la pièce de viande
qu'on ne mange pas

le vieux steak
qui faisande
dans ton coeur
avec le cadavre
de notre amour

le passager
venu de nulle part
qui ne laisse
pas de traces

la déflagration
en pleine gueule
que tu avales
avec les shrapnels

la bombe à défragmentation
sous défibrillateur
et qui en redemande

je suis
un simple dommage
collatéral
un sachet de morphine
pour passer le temps

2015-02-13

l'ablation des rages

découpage
d'entrecuisse
filets de robe
taillés 
dans la viande
d'un cauchemar
entretenu aux OGM

tu dégrafe
des dentelles
de nervures coagulées
révélant
des aréoles livides
sur de nouveaux stigmates

le creuset
d'une sainteté
sous l'entrecôte
giclante
le sang bleu
le sang rouge 
le sang noir 
sous le mouillage
préparant le ficelage
de nouveaux sillons

sur tes mains
gisent des cicatrices
comme pour prouver
l'ablation des rages

2015-02-08

ce soir Paris

ce soir
Paris

la tour Eiffel
a des allures de Kalashnikov
et le métal ressemble au métal

Paris est violence
Paris est contagion
Paris lutte tout le temps
Paris ne dort pas bien
Paris se fait taxer continuellement
Paris est toujours à court de clopes

la nuit
quand les tabacs
sont fermés
Paris
sort en bandoulière
avec un jack knife
une colère brune
érigée
sur la fiente
des pigeons

Paris frappe
les passants
au détour
des caniveaux

le métal ressemble au métal
et la tour Eiffel
est un mausolée d'acier
pour tout ce qui viendra mourir
dans la Seine
ce soir

MDNA Gaga Cyrus

elle 
crève l'écran

avec
ses mamelles fantasques
de trafiquante
son vernis aux éraflures
son c-string en diamant
sucré au botox

elle 
maquille 
ses sphincters 
d'un motif tribal navajo
trouvé sur Instagram

sur sa viande bandée
de prédatrice ordinaire
elle porte 
la peau cousue 
d'une fourrure 
de léopard synthétique
qui blesse ses aines
de tatouages frais
et de baisers gonflables
griffés Fendi

elle
comprend le plastique
et son épilation laser
est parfaite
luisante
de cellulite
scintillante
sous les stroboscopes

elle
promène
son pubis dévoilé
comme
un animal de compagnie
épilé
qu'elle caresse
en plein
standing ovation
sur l'entre-jambe
d'une arène de béton
que sa voix 
ne comble pas