2014-11-23

humanoïde

je m'avance
debout
titubant
fatigué 
par l'itinérance
et l'usure pure

j'ai scarifié
ma voix

je sors 
m'acheter des greffons
de salive 
de sexe
de sève

je m'arrache 
à des postures
de force

pour
mendier tes attouchements
je tâte
l'égratignure noble
de tes abandons

pour me procurer
la dose
de ce qui me lèche
de l'intérieur
j'alimente
le commerce
des fièvres

je viens voler
un baiser indécent
une gerçure qui respire
fort
au fond 
du tumulte

2014-11-15

farine animale

je blanchirai
mes ossements
pour en faire
une farine animale

une poudre
plus pure
que ton cri
à bouillir
dans l'eau
de javel

une fois
asséchée

j'y mettrai
de la moëlle épinière
de la cellulite
coupée au botox
pour en faire une drogue
nouvelle

puis je ferai de toi
une passagère clandestine
avec une civilisation
en civière
mourante
dans une ambulance

des condoms
remplis de secrets
cachés dans tes entrailles

tu répandras
l'évangile blastophage
d'une contamination pastel

et
armée de cisailles
tu tailleras
un passage secret
dans la clôture Frost
tu passeras la guérite
les checkpoints
décorés de kalashnikovs

enfin
quelqu'un
portera
la bonne parole
la radioactivité nouvelle
des vérités crues
au delà des frontières
au vu et au su des douaniers
qui ne scanneront
que le vide
ou l'indifférence

2014-05-02

une fleur

(pour Aurore)

je me noie

d'abandon
à mesurer
un sentiment
insurmontable
sans y arriver

à calepiner
les nouveaux gouffres
qui nous creusent
le coeur
avec le griffonage
d'un échec
tatoué 
au fond des veines
qui revient
pulser sur mes
plaies

je suis
un tas de 
vieilles peaux
comme un tas
d'esquisses
à l'encre
pas encore
sèche

tes mots
qui errent
dans ma bouche

un lit vide
à toucher
le froid des draps
à se noyer

je tente
une fleur dessinée 
sur ton épaule
une fin de route
une fin
tout court

2014-03-22

cowboy marlboro

veuve
de cuir beige 
perdue
dans le voile de tes collants 

les piercings
d'une couleur chair
qui n'a rien à voir
avec la peau

je devine
les moisissures 
sur la dentelle
des gerçures
décorées
de barbelés
au fond du cendrier

le gris du charcoal
étouffe
tu me souffles
au visage
la poussière 
les furannes
les mégots
qui s'accumulent

les colombes s'écrasent 
comme des kamikazes
sur le velours rouge
du cercueil

un deuil
de centre d'achat

un deuil
cheap ass
bon marché
pour matraquer
ma noirceur
sur des couronnes 
de chrysanthèmes cheaps

un marteau pneumatique
défonce
le jaune
qui tache les doigts

de la nicotine
plein la peau
je cloue ma tombe 
à tombeau ouvert

trois paquets par jour
ce sera la fin 
du cowboy
marlboro
chevauchant
la version low-cost
d'une vie parfaite

2014-02-21

inamovibles

tu poses le décor
en croisant les jambes
en oubliant des mots

ici
et


des scalpels sur la langue
tu m'écorches
avec des compliments
qui éraflent

la rage
remonte
l'échine

le frisson
au bout des poings
se laissera attraper
nous pourrons
l'apprivoiser
et en faire
une caresse
de points de suture

un jour
les néons crèveront
et un silence convenu
épaissira
nos regards
inamovibles

2014-02-14

trente mille pieds

rusted mind
unable to advance

coincé
par l'oxydation
la plus pure
la plus dure
la froide gangrène brune
qui te fige
les veines
d'un coup

coincé
dans mes viandes
dans un jet
entre le New Jersey
et ma rage gelée

coincé
le corps figé
à trente mille pieds
dans un silence
en suspension

l'anesthésie
par l'ennui
avec mes rêves en vrac
pour mesurer l'échec

le temps
m'avale
passé
à me défaire
les chairs
à vouloir sauter les plombs

pour tout trahir:

la réussite à tout prix
le bling bling qui flashe
la volonté de tout refaire à chaque jour
de me réinventer
à chaque fois
que je te vois

à trente mille pieds
le silence est pur
un Embraer
devient
un conteneur à déchet
un composteur stratosphérique
qui me digère

et moi
je vagabonde
de décollage
en dérapages
avec mes carcasses froides ficelées
sous des ailes en matériaux composites

j'erre
au creux des cumulus
et je pars en cendres
à chaque fois
que tu me parles d'un crash

2014-02-07

crème anti-ride

tu simules
un baiser
avec tes lèvres engluées
dans des emulsions de graisses animales
qui figent tes traits
dans un carcan
d'argile
empoisonnée

avec ton visage
agrafé sur les tendons
tu simules une jeunesse
retrouvée

tu te botoxes
les chairs
pensant devenir
une fille de quinze ans
qui se maquille
pour ressembler
aux vieilles femmes

tu marches
pieds nus
tu macères au soleil
dans un baume de gélatine
les bourrelets
aspergés
de cremes antirides

tu n'échapperas
pas à la campagne
de dépistage
des méduses

2014-01-31

coeur de carton

mes allumettes
frôlent enfin
ton coeur de carton

j'aurai
la pureté 
du geste pyromane

une chorégraphie
de peaux brûlantes
lovée dans l'âtre

un faible pour
les charbons ardents
au fond
de ton cocon

je boirai 
tes essences

je te jetterai 
mes braises
au visage

je vais te révéler
la pronfondeur
de mes plaies

j'y verserai
un bidon 
de propergol
pour y dessiner
des tatouages
plus purs

je marquerai
mon territoire

je pisserai le kérosène
sur la frontière 
des chairs

je serai nu
comme une figurine 
de napalm
pour illuminer 
au troisième degré
mon souffle scarifié
et j'attendrai
l'arrivée
des tisons

2014-01-24

présage

je suis un autochtone
du vide
un homme
sans racine
ni terreau

je pousse
je me pousse
je ne pousse plus
je m'évade
comme je peux

prolongeant mes racines
dans des veines creuses
je reviendrai plus
je ne t'appelerai plus
je verrouillerai mes pensées
dans un silence blindé

pour
devenir
muet
comme un bunker

muet
comme un silo à missile
en plein désert du Névada

muet
mais capable
de tout

capable
de détruire
le peu qui reste

capable
de restituer la violence
la reconstituer
la rendre intacte
pure
comme une drogue
qui te tue d'un seul hit

2014-01-17

gravitation universelle

rupture des anevrismes
morsure de l'embrasure
je suis un Embraer 
en flammes

un Icare 
de plomb
fondant
sur un fond de ciel

un crash
flambé de demesure
sous des étoiles 
qui refusent de luire

je suis 
une course au néant
une gravitation universelle
qui noie les pulsations
dans une terre plus lourde
que mon souffle

je rêve 
de levitation pure
de détachement
de muscles qui cèdent

je veux
devenir
une viandes pure

une peau 
unique
qui s'anime
dans la gesticulation
de l'être

2014-01-10

synapses

(pour E.P.)

vas-y
continues à parler

laisse ta voix 
vibrer dans les draps

vas-y
goûte
la boisson amère 
de ce qui suinte
dans nos ébats

reviens à nos 
bravades adolescentes
avec des petits détours
de viande pas trop pure
quand coule la salive 
quand coule l'encre
quand tout coule

quand la rage 
se mêle au sperme 

quand le vinaigre
se mêle au sang

tu me laisseras
tes baisers amiantés
sur la ferraille du coeur

nous finirons 
de lécher le sel
dans nos plaies

nous tracerons
nos injures
qui maculent
les joues


nous étoufferons
l'incendie qui couve
dans ta culotte
puis 
nous boirons 
des filaments de bave
des levures incestueuses
coupées à l'opium

le lait noir 
que tu puises
se nourrira 
à même nos pulsions

à me rendre addict
à chaque fois
que nos langues
entrent en contact

2014-01-03

Eva Braun

tu seras
Eva Braun

ma propriété
aux blondeurs infinies
de pin-up
suspendue à mes lèvres

ma petite viande du soir
ma fille-fleur-enfant
relevant ta jupe
devant ma prédation
ordinaire

je serai
ton tueur en série
ta peau de secours
le seul moyen
de couvrir
tes plaies
vives

j'exhiberais
mes squelettes
mes boucheries
je deviendrai
ton Auschwitz
ta chambre à gaz
ton lunatic asylum
avec un fusil
braqué
sur l'impossible

je serai
ton mégalomane de salon
debitant mes discours
de dictateur domestique
pénétrant ta pensée
avec ma voix de dictaphone

ta chevelure blonde
me servira de linceul
quand je me noierai
dans l'arsenic
de mes bunkers