2013-11-29

Carl Von Linné

"Nomina si nescis, perit et cognitio rerum" 
 - Edward Coke -  (Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance)

je collectionne
les trahisons
les mensonges rares
les écailles de ton coeur
les vérités pâles aux ailes cassantes
les petites vengeances qui macèrent dans le formol

à la la vitrine
de mes écartèlements
rien n'a été perdu
rien n'a été créé
j'embaume tes spasmes
pour les conserver
dans des boîtes rangées
avec des noms en latin

mon carnet de voyage
sur ton cuir tanné
me sert de témoignage

une cartographie vivante
de mes plaies
de mes souvenirs tachés
de longues expéditions lointaines
pour aller boire ton pus
pour en étudier
les sucs
et les tannins
pour en tirer
un vin de veines
aux aromates
de nerfs à vif

je vais créer
de nouvelles déviances
pour enfin nommer mes stigmates
pour en sentir
la profondeur

2013-11-22

Samantha Fox

des années quatre-vingts
il me reste:

des hologrammes rayés
des vinyles warpés
des volutes de Craven "A" vertes
des journées au centre d'achat
aux jeux d'arcade
avec des rayons lasers
qui me servent
de paravent
pour fumer
des VHS
en cachette
sans GPS
avec les Decepticons
au fond d'un Donjon de dragons

puis
oublier
que je suis un fragment
de marde
de banlieusard
sur un fond
de mini-putt
décoré de bonheur
avec un néon rose
de bungalow
Flamingo
vanille fraise

allez
je vais aller me chercher
une nouvelle grammaire
pour fumer mes cubes rubik
me la jouer punk lubrique
suçant une drogue synthétique
dans un sanctuaire
trash métal
avec des bribes de faux japonais
des vidéos de ninjas
qui parlent à ma place
dans un doublage
à sens unique

j'irai me perdre
pour faire du BMX
dans une trail de skidoo
avec une slush all-dressed
comme seul fix
branché
sur l'échine

nu
déçu
il me restera
Samantha Fox
déchirée
en betamax
pour passer l'été
au palais des glaces

2013-11-15

chocolate skulls

j'irai
boire du cognac
dans un crâne 
de chocolat


je me ferai un déluge
dans des passages sous-terrains


je me déroulerai
j'irai au dépanneur

je serai  là
pour y voler
ton coeur noyé 
dans les barbituriques
voir ta dégaine humide 
quand ton sugardaddy arrive
dans une démesure
de grosses virée
dans le coeur des villes

à force 
de me vider les artères
à force 
de purger
mes nuits de bouette
à force de purger 
mes boulevards
et leurs torrents
d'une jeunesse
épuisée
à force
de me tenir debout
dans des nuits blanches
consommées
en pièces montées


je frappe
les Hummers
les stretch limos
en harnachant 
tes reliefs
ou la croupe
de ta libido

fumer des clous de tombes
percer les condoms 
et les peaux du fantasme
qui s'effluvent et giclent
et mettent en pièce
les vitrages des gratte-ciel

pour finir ce monde
je boirai un jus de cactus
avec le sexe bien en avant
dans le vent

ton pimp de secours 
débarquera
avec ta peau de rechange
et des couvertures de foil doré
pour chevaucher
les couchers de soleil
en plein Nevada

2013-11-08

The Directors's Cut

avec 
du sang frelaté
des émotions de contrebande
tu me sors une scénographie 
de boucherie "amateur"

ta splendeur blanche
en contre-jour
perle une sueur
sur l'hémoglobine 

Instagram de peau
sur un iPhone craqué

une fille nue
délavée
couchée 
sur des alcools volés
tout ça
à revendre
sur eBay
avec la version "Director's cut"
de ton suicide
pornographié
dans une agonie inexacte
comme si la crucifixion
allait redevenir 
un sport extrême
comme les autres

2013-11-01

camaïeu

un camaïeu
de fièvres
qui naissent
qui remuent
qui refluent
au fond
de nous

la drave
des brûlures
qui s'amoncelle
sous les fontanelles

l'embâcle des volcans
les laves à vif
tout ce qui sue la rage

je le sens
je carbonise
nos lèvres
et nos levures
qui fusionnent
au creuset
des paumes
pour retenir
les cendres
qui passent