2013-12-27

TNT

so fake
so fuck
tu rockes
le choc
le big bang 
des débuts
quand tout reste à faire
et que la promesse
sent le parfum
sent l'interdit

des lames de rasoir
sur la langue
pour jongler
avec du brûlant
avec des allumettes
avec de l'essence 
plein le bidon

tu dis que ton coeur est en carton
que je suis une explosion latente
une grenade dégoupillée
qui attend le faux pas

tu te dis prête
tu veux brûler
tu dis que 
qu'il suffit d'une étincelle
pour faire dégueuler un volcan

2013-12-20

dogging

dogging 
de nuit
tu fais la belle
avec tes cambrures 
de dos 

arquée
écartelée
les aines dopées 
par le gaz sarin
tu exaltes
et tu t'exposes
sur le siège passager

tu ondules
tu ondoies
tu avales les sexes
dans les cuirs
de nos absences

tes seins gavés
pendent
en cadence

tu cherches
une bouche plus chaude
un baiser cru
plus vrai

tu te fais
des shots de taser
tu shootes
une liqueur qui saoûle
une forme de défloration
pour couvrir
les cris
et les spasmes

carjacking
banal
du samedi soir
à rôder dans les viandes
du parking

tu maquilles 
tes spasmes
dans la découpure
des vitres teintées

tu cherches 
des séquelles d'émeute
des tremblements de terre
sous ta peau


tu me fais 
une trachéoctomie
et tes lèvres dures
suintent
le sperme
d'un silence
plus lourd

2013-12-13

ornières

angoisse
vissée
sur le ventre

angoisse
enfantée
dans mes tripes

angoisse
de pieuvres
de méduses

angoisse
de vivre
sans

angoisse
aux poumons
voilés

avec mes cauchemars brochés
sur la lourdeur
de mes membres

les brisures
les nausées éclairantes
les diagnostics
de fin du monde
se multiplient

j'avance
malgré les palpitations
les sueurs au front

le chemin se trace
des rides bien profondes
comme des ornières

2013-12-06

Blow-up

gros plan
à crever la nuit
à attendre
à côté
à force
de prendre 
des bains chimiques
à finir les journées
dans une solution argentique
pour y connaître 
la fatigue
les poinçonnages du coeur
les rétines usées
qui bégaient 
les lettres 
les visages
la peau sale
et la crasse 
sous les ongles

gros plan
à l'odeur des heures 
qui refroidissent
dans un agrandisseur

gros plan
blow-up
des veines crues
écalées
pour en révéler le grain
la peau qui transe
lucide
jusqu'à devenir inconsciente
ou décadente

devenir
un prophète involontaire
être
projeté sur grand écran
incandescent
nu
et vomir des soleils
jusqu'à mon réveil

2013-11-29

Carl Von Linné

"Nomina si nescis, perit et cognitio rerum" 
 - Edward Coke -  (Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance)

je collectionne
les trahisons
les mensonges rares
les écailles de ton coeur
les vérités pâles aux ailes cassantes
les petites vengeances qui macèrent dans le formol

à la la vitrine
de mes écartèlements
rien n'a été perdu
rien n'a été créé
j'embaume tes spasmes
pour les conserver
dans des boîtes rangées
avec des noms en latin

mon carnet de voyage
sur ton cuir tanné
me sert de témoignage

une cartographie vivante
de mes plaies
de mes souvenirs tachés
de longues expéditions lointaines
pour aller boire ton pus
pour en étudier
les sucs
et les tannins
pour en tirer
un vin de veines
aux aromates
de nerfs à vif

je vais créer
de nouvelles déviances
pour enfin nommer mes stigmates
pour en sentir
la profondeur

2013-11-22

Samantha Fox

des années quatre-vingts
il me reste:

des hologrammes rayés
des vinyles warpés
des volutes de Craven "A" vertes
des journées au centre d'achat
aux jeux d'arcade
avec des rayons lasers
qui me servent
de paravent
pour fumer
des VHS
en cachette
sans GPS
avec les Decepticons
au fond d'un Donjon de dragons

puis
oublier
que je suis un fragment
de marde
de banlieusard
sur un fond
de mini-putt
décoré de bonheur
avec un néon rose
de bungalow
Flamingo
vanille fraise

allez
je vais aller me chercher
une nouvelle grammaire
pour fumer mes cubes rubik
me la jouer punk lubrique
suçant une drogue synthétique
dans un sanctuaire
trash métal
avec des bribes de faux japonais
des vidéos de ninjas
qui parlent à ma place
dans un doublage
à sens unique

j'irai me perdre
pour faire du BMX
dans une trail de skidoo
avec une slush all-dressed
comme seul fix
branché
sur l'échine

nu
déçu
il me restera
Samantha Fox
déchirée
en betamax
pour passer l'été
au palais des glaces

2013-11-15

chocolate skulls

j'irai
boire du cognac
dans un crâne 
de chocolat


je me ferai un déluge
dans des passages sous-terrains


je me déroulerai
j'irai au dépanneur

je serai  là
pour y voler
ton coeur noyé 
dans les barbituriques
voir ta dégaine humide 
quand ton sugardaddy arrive
dans une démesure
de grosses virée
dans le coeur des villes

à force 
de me vider les artères
à force 
de purger
mes nuits de bouette
à force de purger 
mes boulevards
et leurs torrents
d'une jeunesse
épuisée
à force
de me tenir debout
dans des nuits blanches
consommées
en pièces montées


je frappe
les Hummers
les stretch limos
en harnachant 
tes reliefs
ou la croupe
de ta libido

fumer des clous de tombes
percer les condoms 
et les peaux du fantasme
qui s'effluvent et giclent
et mettent en pièce
les vitrages des gratte-ciel

pour finir ce monde
je boirai un jus de cactus
avec le sexe bien en avant
dans le vent

ton pimp de secours 
débarquera
avec ta peau de rechange
et des couvertures de foil doré
pour chevaucher
les couchers de soleil
en plein Nevada

2013-11-08

The Directors's Cut

avec 
du sang frelaté
des émotions de contrebande
tu me sors une scénographie 
de boucherie "amateur"

ta splendeur blanche
en contre-jour
perle une sueur
sur l'hémoglobine 

Instagram de peau
sur un iPhone craqué

une fille nue
délavée
couchée 
sur des alcools volés
tout ça
à revendre
sur eBay
avec la version "Director's cut"
de ton suicide
pornographié
dans une agonie inexacte
comme si la crucifixion
allait redevenir 
un sport extrême
comme les autres

2013-11-01

camaïeu

un camaïeu
de fièvres
qui naissent
qui remuent
qui refluent
au fond
de nous

la drave
des brûlures
qui s'amoncelle
sous les fontanelles

l'embâcle des volcans
les laves à vif
tout ce qui sue la rage

je le sens
je carbonise
nos lèvres
et nos levures
qui fusionnent
au creuset
des paumes
pour retenir
les cendres
qui passent

2013-10-25

boulimie

boulimie aux aines
depuis si longtemps
avalant les décharges

prêt à te deviner
les cartilages

prêt
à bondir
à cueillir
tes ligaments

je suivrai
la trail blafarde
de tes blessures
épicées et ouvertes

j'attendrai
le faisandage
de tes nerfs

un bouillonnement
de sueurs
primales
viendra humecter
les pistes
de ton carnage

je parlerai
la langue primordiale
du sexe primitif

le râle
prédateur
mordant ta venaison
pour ma survie

j'ornementerai
tes aréoles
d'un diadème de salive

puis
je t'avalerai
comme la peur
au fond de mes tripes

2013-10-18

908 jours

le décompte
commence
aujourd'hui

908 jours à faire

908 jours épuisés
à remettre en ordre
sur la crasse des ans

908 jours
de pourriture
qui coulent
qui collent
qui déroulent
leur vieille bave
sur mes aines usées

mes pores suintent
et je pue le vieillard

les heures pleuvent
dans mes veines
la vieillesse ravinée
parfume
le délabrements
de mes égarements

rien ne pourra me laver
même pas
ma vieille sueur rance
frottée comme du vinaigre
sur mes failles vives

ma chair s'ankylose
et devient cuir
puis béton
puis pénitencier

tu me mèneras
à la cimenterie
pour que l'on me broie
le calcaire
incinéré
en plein rigor mortis

2013-10-11

parole de javel

un surplus de chair
au fond de ma gorge

ma langue
qui s'enroule

ma parole de javel
qui émet
un clapotis ténor
de syllabes
maladroites
géantes
qui giclent
d'embâcles

je vagis
je brâme
ma langue simple
échappe des mots bruts
mais blanchis
des cris désinfectés
dans un chant de gorge
d'acide hydrochlorique

je chanterai
avec des abrasifs
dans la voix
pour lubrifier
mes ossements

mon souffle rompu
se condensera
pour régurgiter l'écume
d'une salive pure
de dire le blancheur
de mon effacement
sans taches

2013-10-05

Macao

scintillant, fébrile 
comme une machine de video poker
je joue au Casanova
dans une brasserie 
du boulevard Taschereau

tu seras
ma fille de paillettes
avec des grimaces de cuisses
sous tes jupes de fourrure

dans ta robe
il y aura un casino de Macao
tout y sera 
tellement brillant 
lustré 
et lisse

tu seras belle 
comme un écrasement d'avion
avec des billets
plein ton string

je me laisserai
séduire
par ton décolleté bruyant 
comme un cri primal
en plein centre d'achats

tu danseras
sur ma table 
dans la fourmilière 
d'un Las Vegas 
de fond de ruelle

je te boirai
à la paille
avec ta peau 
étendue

sur les taches
de mon jean
en érection

2013-09-27

la saveur du mois

harnacher
des fleuves
pour faire des remous
la nuit

plonger
solide
brun
et frémissant
dans le limon du cauchemar
dans la menstrue des foetus
pour émerger
d'une boue
plus fraîche
que la fange

peler
mes strates d'autisme
qui s'empilent
en couches
sédimentaires

faire un régime
de résine alimentaires
de farines de synthèse
puis sniffer son enfance
dans les studios de photo Sears
à figer ses fantasmes
à irréaliser ses crevures
dans les nervures
de la caméra

faire l'enfant-roi
la petite vedette anonyme
des enlèvements Technicolor
du Grand Hollwood

au même moment
le magicien d'Oz
passe son doigt
sur le clitoris doré
de Dorothée
et hume la fragrance
sucrée

ce sera la saveur du mois

2013-09-20

visons

ces femmes arborent 
la fourrure des maitres
à la chapelle des gang bangs

j'ai fait un manteau
d'un pelage de fortune

pour communier 
avec la cellulite
avec la bête luisante
au poil feulant
au vison lisse 
brillant
impregné de Sauternes 
qui fait tourner les tête

nous sommes venus ici

pour nous gaver de ta fragilité
nos mains sentent le gasoil
nos textiles s'usent
nous avalons des somnifères
nous rampons dans les métros 
à la recherche
d'une euthanasie 
plus solide
que ta toison parfumée 
au Hennessy

avec les cuirs 

qui restent
retenus 
dans les corsets
tu me sers de refuge

ce sera 
oeil pour oeil 
dent pour dent
couenne contre couenne
rage sur rage

une pelletrie contre un bout de miroir

2013-09-13

Urgel Boogie

le cadavre de notre amour
dans le coffre arrière
de la Lincoln Continental

objects are closer than they appear in the mirror

secousse
secousse
secousse
puis
frousse
puis
fille
rousse
lâchée 
loose
un quarante onces
entre les cuisses
qui descend
dans la gorge

loose
comme Iggy Pop
sur de la vieille essence
au plomb

je comprends enfin
le bruit des pistons
et
les séquelles 

la noyade 
à tombeau ouvert

sniffer de l'essence
straight no chaser
sans glace
ni traces
cul sec
à rouler
grisés
dans l'odeur
des cigarettes
froides
qui meurent trop vite
entre nos doigts
et les kilomètres
qui fondent
sur l'odomètre

objects are closer than they appear in the mirror
une aire d'autoroute
aux allures de nulle part

ton entrecuisse
suinte sur la cuirette
nos blessures aussi

les résultats de l'alcoolotest
maculent la banquette arrière

nous irons
grimacer de plaisir
dans une collision frontale

2013-09-06

uncanny valley

ils n'auront pas eu besoin de mandat pour mon arrestation

mes fractures dans le regard auront suffi
le sommeil effacé de mes rétines
aura révélé mes mots tremblants
mes secrets fichés
catalogués
ou crevés
sans consentement

ils m'ont fait
atteindre le fond
de mes brèches
pour me clouer
à la frontière
des pixels
et du flou indexé
par la Silicon Valley

le cortex
remis en ordre
prêt à l'emploi
instantané
prêt à jouer
avec des noeuds
de carbone graphite
coulant sur mon cou

j'ai laissé ma déviance
sur ma console de jeu
au lieu de me battre

mes doigts
agitent de nouvelles lueurs
piratées
sur des filles de silicone
dans une maison close
à baiser de l'électricité
à mordre leurs fleshs flexibles
à chercher l'intoxication
en attendant
un déluge
(ir)réel

2013-08-30

pandore

il est bon 
de se souvenir
que c'était nous

de se rappeler
les home sweet home
sans penser 
à nos jouets usés
qui se noient
sur des îles de plastique
en plein Pacifique

il est bon
de se rappeler
qu'il faut se tenir debout
et user de notre main préhensile
de débris humains 

il est bon
de se tenir debout
à tout prix
pour échapper 
au zoo domestiqué
... notre seule prison 
possible/impossible

il est bon
de continuer à faire semblant
de faire comme si nous nous appelions encore: l'homme 
pour dévorer notre petite cage ennuagée
sous un soleil accroché dans le vide

il est bon
de subir sa propre captivité 
de vivre en mammifère supérieur
sur un petit caillou humide
jonché de scories

tout
dérape

viens
nous entreposerons
nos génomes
de chiens savants
dans un thermos
en attendant
un dernier tsunami

2013-08-23

ombilicaux

un cancer te ronge sans que tu y penses
tes pas résonnent d'une insomnie à l'autre

une boussole
sous ta fontanelle
tu erres
tu distilles
ton sommeil lucide
au fond des raffineries
les yeux ouverts
tatoués par les LEDs
avec la rétine blanchie
par du javel en poudre

des cordons ombilicaux
relient les interstices
d'une ville à l'autre

je recommence à tisser ma toile
je me prépare à mendier
une nouvelle toison de refuge

2013-08-16

cowboy graffiti

aux autoroute de poussières
aux gratte-ciels qui usent les nuages
je lègue ma fatigue
celle qui me force à vieillir
sur la route

mes heures mortes
finiront dans le peyotl
de la Death Valley

viens,
nous irons boire en cachette
pour danser 
comme des bêtes de foire

nous paraderons 
dans des robes de funérailles
souillées au tequila sunrise
puis nous irons
au fond des canyons
avec nos mitraillettes de plastique
pour abattre nos rêves érodés
sur l'indifférence
du calcaire usé

nous y laisserons
nos graffitis
de cowboys obcènes
avec nos sexes de cuir

de nos veines percées
nous ferons naître
de nouvelles griffes
en plein jour

2013-08-09

Waiting for Paris

Paris
à se battre
contre un ciel gris
un ciel d'aluminium
de gasoil et de charbon

Paris
grisé
par la suie
évitant les visages dépolis
dans le RER

Paris
à enjamber
les ponts
et le gris de la Seine

Paris
dans le gris
de Paris

Paris
à attendre
toujours attendre

Paris
en solitaire grisonnant
sur le quai d'une gare
gare du Gris
gare du Nord
gare de Lyon
gare Montparnasse
avec ces trains qui n'arrivent plus
et ces vies qui retardent

Paris
à errer
dans le gris

Paris
à se bousculer
dans le gris

Paris
à s'engueuler
dans le gris

Paris
sans repères
à se mettre en file
dans le beige interchangeable
des murs et des passages

à Paris
George Eugène Hausmann
dessine un labyrinthe
sans en chercher l'issue

à Paris
je n'ai pas d'habitudes

à Paris
je suis dans le gris
les rues se confondent
les cafés débordent
le gris des Gitanes
se noie
dans le gris des terrasses
à fumer clope sur clope
à manger kebab sur kebab
à boire à boire
à se bourrer la gueule
à se foutre de tout

Paris
toujours en retard

Paris
jamais à l'heure

Paris
surtout pas à l'heure

Paris
surtout pas d'avance

Paris
à attendre

Paris
qui ne viendra pas

2013-07-26

espèce de survie (eat/sleep/die)

je suis 
d'une espèce de survie
d'une race de rapace
qui ne vole plus
mais qui mendie
de petites viandes 
abandonnées

ou pas

je ne sais
ni me battre
ni comment survivre
en léchant mes plaies

eat

des soubresauts 
de salive
quand tu sonnes 
la cloche de pavlov

le petit mammifère blasé
à l'appétit charognard
tressaille au fond des ruelles

un banquet de fortune
un fast food de secours
j'irai me vautrer comme à Rome
pour féconder mes boyaux
avec de la pourriture noble
quand les ordures
du dernier festin
frayeront dans ma péristaltique

sleep 

couché dans le caviar 
bercé par nos immondices
nos sueurs grasses
lubrifieront
le grand sommeil

die

la crémation 
servivra 
de camouflage 
un prétexte à la fête
un peu de suie
pour assaisonner les cadavres

je suis 
d'une espèce 
qui a survécu
en ayant l'animal 
à vif

2013-07-24

marque

tu ne pourras pas me guérir
tes remèdes 
n'atteindront jamais
mon sang
ni mes stigmates

ma chair est faible
mes cordes vocales
sont rouillées
je suis une vieille maladie
et j'essuie les souillures 
du silence

tu ne lira plus mes pensées
et tu n'entendras plus ma voix

la scarification
le fer rouge
le marquage des esclaves
l'indélébile sentiment
de pouvoir voir trop loin
de voir dépasser
les bouts de chair

je me diluerai chaque jour
avec des poisons de plus en plus forts
au bord de la route

avant ton arrivée
je me savais atteint

avant même de savoir parler 
je savais que je portais 
une marque
un signe

tu laves
mes tatouages
à l'eau de javel
mais
c'est trop tard

2013-07-19

atteints

la douleur
en slow motion
comme de la neige
qui tombe

mes précipices
envahis
par la lenteur

peu à peu
et prend son temps
nous recouvre

nous 
ne pourrons plus guérir
par les mensonges
nous serons atteints

sous mon oreiller
envahissent 
nos étreintes
cela ressemble
à une coulée de boue

entre nous deux
c'est le danger
on veut s'approcher 
des volcans

2013-07-12

clown

tu m'invites à une fête d'enfant: j'ai mis mon déguisement de clown

des éclats de rire
coincés dans la gorge
j'ai la voix d'un ventriloque
des muscles de violence
hachent mes souffles
font bouger mon masque

gorille vanille
en camisole de force
pantin de fourrures sales
je mime l'instabilité
de mes érections irritées
par la castration chimique

je m'en vais refaire
mon maquillage d'enfant
aux joues bien roses
pour redevenir une putain burlesque
avec la solitude
qui dépasse
par en-dessous
de la barbe mal rasée

2013-07-05

AK-47

pylônes
grillages
cloture Frost
un pit de sable
qui me servent
de décor
d'enfance

une enfilade
de journées perdues
un juillet asséché
qui cherche une issue

je passe mes étés
à planifier mon évasion

perdu comme un terroriste
dans le stationnement
du Carrefour Laval
à chercher le getaway car
à tenir le réel en otage
avec du duct-tape
sur mes rêves
dans le coffre arrière

perdu
mais j'ai jamais rien eu à perdre
any shopping mall will do
as long as it is large enough

ma vie
a pris des airs de hold-up
depuis que tu m'as offert
des poings américains
un punching bag
une veste pare-balle
et un AK-47

2013-06-21

Rdmption

j'ai connu
le silence des neiges
des mois de janvier
plus clairs
plus froids
qui passent
entre les lainages

saches que
le dernier qui est venu ici
a reçu des clous
au fond des paumes

saches que
les miracles sont finis
qu'il n'y a pas de sauveur
que les eaux sont malades
et que notre ciel ressemble
à la nuit des temps

2013-06-14

pink cigarette

étirements de langues
à lover
au fond
des aines
louches
avec
des retouches
pour la dérape
et des sourires décollettés

tu fais
ta star
de cinoche

ta connais la recette
pour faire mouche

à tout coup
tu te dévoiles
en défonces insoupçonnées
avec tes gifles de motel
tes cigarettes de film noir
ton satin de vieux parfum
pour seul vêtement

la violence
du soleil blanc
se boit
comme un gin tonic

mais
au fond
tu coules
comme un cadavre
dans une piscine verte
de motel

ton mascara
aussi

un sourire noir
de charcoal
sur le luisant des lèvres

tu me laisses
avec
un baiser carbonisé
qui évoque
autant le meurtre
que l'euthanasie

2013-06-11

canicule

l'été 
passé 
à sniffer 
l'odeur du chlore 
de la piscine municipale

la mafia 
de l'oestrogène 
qui se fait toujours bronzer 
les doigts sur la détente

des belles filles italiennes
défilent dans leurs maillots noirs

leur suntan glisse
hors de portée

on croque de la glace
quand nos sueurs mêlées
ne s'évaporent plus
et on finit par se noyer 
dans les crevasses du béton 
avec nos sabot de Denver

au coin de la rue
un Chrysler 300 
avec des rims de plomb 
cherche à t'enfoncer
dans les rues chaudes

sa peinture 
noire métallisée 
reflète tout
mais en mieux

la climatisation 
ronronne comme une chatte 
on a hot roof
prêt à dégainer

sur le trottoir
juillet commence
la canicule
remplace tes cernes
par de la sueur

2013-06-07

pompano beach

il n'y a plus rien
dans mon pays de lacs noirs
juste des épinettes de misère
et des enfant noyés dans le pétrole
qui se se bombardent
la tête dans des fours micro-ondes
pour appeler les oiseaux migrateurs
pendant que les snowbirds
filent en Boeing 787
vers un "tout compris"
pour aller se baigner
dans les couleurs tropicales
d'un jambon à l'ananas

2013-06-04

clandestinité

je te cherche
dans la chair muette
du vagabondage

je suis là
à vouloir
l'ivresse
et l'errance vive

mon passeport brûle
au fond d'un tiroir

je m'injecte
avec de la clandestinité pure
à prendre
ma petite dose de fumée
mon menthol ordinaire
sans dire un mot

puis
choisir
de dévier
tes cuisses
au détour
d'un motel accidentel

se fixer
au silence
des fentes
qui se frottent
par effraction

revendre
tes ovaires
au pawn shop
pour m'acheter
un peu d'euphorie

ma fin du monde
sera criminelle
et nous serons
au garde à vous
jusqu'à l'overdose

je retrouverai
ma liberté conditionnelle
mes convois de réfugiés
et les véritables odeurs
de la peur

je vais
sortir un jour
respirer
encore
et jouir
dans le froid
pour geler
l'épice noire
de ton souffle

2013-05-27

E.R.

tu sais
ce qui allume
tes viandes

tu sens
la coupure
et tu attends

les coups viennent
la plaie suivra
taillée sur mesure
constellée
de points
de suture

les cicatrices serviront
de GPS
pour retracer tes douleurs

nous en ferons
un chemin de croix
bien à toi
avec ses stations
et ses spasmes au plexus
qui te bouleverseront
à chaque passage
dans la salle
d'urgences

2013-05-26

gun tack my love

je voudrais tellement
brocher ma peau
sur la tienne 

gun tack
my love
en loque
dans cette sauvage époque
de points de sutures
et de naufrages en vrac

toi en t-shirt
qui fucke
sur les Strokes
avec un bout d'opium
volé à David Bowie

ta main sur mon cuir
prêt à bondir
penis jaguar
fix Jagger
regard de sport
de course de fond
sur ligne de poudre
à l'arrivée

on prend
des noms de couteaux
pour devenir une star

je suis une lame nue
c'est mon érection
qui me sert d'émotion
je me raconte
dans l'intimité
de mes mictions

2013-04-29

la mort de Billie Holiday

un cadavre / a strange fruit
hanging from the poplar tree

l'intersection des veines:
la bouche tordue
à force de vomir 
des herbes bouillies

l'heroin envy
l'overdose héroïque
les muqueuses enfumées
aux infusions de rage
quand le chanvre lacère 
et tatoue les nuques
avec des noeuds qui coulent

les mains 
qui nouent les cous
laissent un cauchemar
accroché aux arbres

les enfants sont pendus 
comme des fruits étranges
aux lèvres
d'une héroïnomane

l'hostilité 
sera complète
et on nous KKKassera les os
pour nous couvrir
de blues

tokyo gore police

j'ai ressorti mes tentacules
et mes vieilles dentelles
pour mieux sentir
tes spasmes de blonde
blind
platine
écartelée
quand tu traverses
le coton de ta petite culotte

tu simules
des fellations
des macérations
caoutchouteuses
qui rebondissent

tu viens ici
pour noyer
tes chairs
encore

plus bas
que la ceinture
tu t'accroche
encore
plus saoule
vue de dessous
et bassement souillée

un spectacle hentai
de flashs flasques
de flesh en flaques
de foutre frêle
au plafond du buffet chinois
qui gicle en fontaine
de jouvence

nous applaudirons
ton sexe lavé
par les billets verts

tu t'immisceras
de toutes tes larves
dans le fond
de mes veines

sombre et tiède
belle et pure
comme de la neige
sans additifs

tu me feras le grand jeu
de la fille culbutée
dans la contrebande

désquamons-nous
et je sculpterai
pour toi
un tumulte
comme un monument
dans un bloc
de viandes froides
en vrac

2013-04-25

Swarovski

tu singes
la perfection
avec la virtuosité
du chirurgien

fille du big bang
fille de flesh
fille qui slashe
fille qui flash
fille de clash
fille du crash

tu sors
avec ton visage
sans fards

avec
tes effondrements
qui éclatent
en plein jour

tu rejoues
tes postures
tes chorégraphies
de fille mouvante
qui fait du pole dancing
pour les étoiles filantes

***I love you so***


je t'aime
quand ton regard
devient une falaise
sous les néons

je fais
un saut dans le vide
quand tu me parles
avec des mots trouvés
sur Google translate

je t'aime
quand tu empiles
des milliers de petits yeux parasites
qui brillent comme des Swarovski
sur tes papilles

des gélules de vodka
fondent sur ta langue tendue

perchée sur un plaisir sans retenue
tu nous revois nus
à boire
une nuit
sans retour

2013-03-19

électrostimulations

c'est la vie
ça s'ankylose
ça gèle
ça rouille de partout

tout fige
d'un seul coup
dans l'origami
de mes peaux

le rituel re-
commence

je maquille mes cicatrices
qui bavent en plein jour
entre la viande
et la dépravation

je tatoue
mes nouvelles greffes
avec une litanie
de numéros de stalag
qui résistent au javel

mon coeur
baigne dans le créosote
et la chirurgie
m'a transformé
en couteau à steak

je danse nu
sous les défibrillateurs

avec mes organes amplifiés
aux électrostimulations
j'ondule aérobique
pour montrer
mes petites mutations
entre mes cuisses

donnez-moi
un barrage hydroélectrique
j'ai peur de m'éteindre

2013-03-14

joute

ce qui s'animera 
sous ma main
aura cette courbure 
de femme que j'aime

je m'accrocherai
à cette rondeur de hanches
à ce mouvement
domptant
les archipels
à la musculature
d'un rouge pugnace

je ne chercherai plus
à comprendre
tes fesses cartographiées
par mes doigts

tes boues
pulseront
dans les reflets
qui traversent 
ma peau

je détournerai
la pigmentation féroce 
de tes contours perdus
dans le pelage martial

je soulèverai 
ton plexus
dans nos joutes
de plus en plus 
carnivores 

tu le sais:
tout sera teinté 
d'une sueur poivrée
plus crue que tendre

des draps blancs comme des drapeaux
serviront à sécher
mes taches de musc
sur l'écume 
de tes cuisses
en bataille

2013-03-04

La cité des femmes fatales

brutales glamazones
aux peaux exotiques
portant des harnais de cuir verni
vos colliers de chien
s'échappent
de vos manteaux
de fourrure imprimée
façon jet d'encre

sous les mousselines feuilletées et décorées
elles ont des airs d'impératrices
évoquant un parfum de luxe assumé

je reviens
dans la cité
des femmes fatales
pour séduire
une galeriste chic
une héroïne hitchcockienne
aux escarpins luisant comme l'asphalte
en route pour l'Opéra

elle se faufile
blouson de moto, pantalon et jupe zippée
portant de dévorantes corolles taillées
mêlant le pétrole de sa Ducati
à du velours rebrodé

elle arbore
cravache et luxure
une bride néobondage
et le fouet de cette assurance

elle a la peau parfaite
de l'indomptable femme d'affaires
qui a réussi
fière de ses manteaux camel
fière de sa féminité contemporaine et intellectuelle
façon Cotillard

une allure "bikeuse" chic
dont les fourreaux fendus
sont piqués d'épingles-vis
aperçus en pleine pointe de vitesse
sur les périphériques
façon "go-fast"

seins durcis par les aérogels
la taille affinée par les cocktails de propergol
cette silhouette à l'architecture élégante et singulière
épouse le cuir du latex sous les tailleurs
et les pantalons seconde peau coupés
dans un textile plastifié
façon récup

elle aime flirter avec le mauvais goût
elle construit son succès sur l'excès
puis elle se saoûle dans sa célébration
habillée de rayures de couleurs
façon laser
__________________________
Source:
http://www.lemonde.fr/style/article/2013/02/23/milan-la-cite-des-femmes-fatales_1837834_1575563.html

2013-02-10

Le Quick des Champs-Elysées

j'ai découpé mon avenir
en micro-tranches de présent

je les goberai
en cachette
cette nuit
en toute vitesse

je ferai comme les rats 
du Quick des Champs-Elysées:

j'irai me perdre
dans un gros nowhere
fouillant les entrailles
des centrales nucléaires
des Halles de Paris

au centre commercial
des Trois Fontaines
j'irai dans le parking
et je régurgiterai 
mes tissus adipeux
au fond d'une minivan
pour faire assez de kiddie meal
pour sauver TOUTES 
les générations futures

j'irai montrer
ma banalité
la plus brune
à ces paquebots de béton
à l'abandon
au bord des échangeurs
au bord de la crise de nerf
juste au bord
au bord de rien
ou en banlieue de nulle part

j'y ferai 
mon dernier festin 
de pauvre privilégié
un repas surgelé
dans un sac de papier
avec un vin de plastique
la dernière cène
en solo
buvant à ma vie
à ma réussite
à mon emballement
sous vide

je ferai
un banquet de crise
aux allures
de simplicité volontaire
dans un buffet

all you can't eat

viens avec moi
nous soulignerons
mes anniversaires passés

nous célébrerons
ma date de péremption
et mes ambitions qui macèrent
dans la sauce Samurai
en attendant les secours

2013-02-09

I want a new drug

je cherche
une drogue nouvelle
un médicament interdit
fermentée dans ta glaire
ou ailleurs
s'il le faut

je cherche
un nouveau remède inédit
une molécule illicite
une broche de spasmes
une greffe de viande
un conduit
entre l'opium et ta bouche
entre ta peau et la folie
un fix
une dose
un kick
vraiment
n'importe quoi
quelque chose d'illégal
acheté à Amsterdam
préférablement
dans un café clandestin
ou dans un bar de vieilles folles
avec leurs cicatrices tracées par le soleil d'Ibiza
qui éjacule des rayons photoluminescents
au travers les chairs faisandées aux UV

j'appelle le laboratoire et je réclame ma liberté

la dose pure
pas coupée
directement injectée dans la carotide
remontant jusqu'au cortex
et y pondant ses oeufs

la dose la plus clean
d'une ivresse lucide
comme une cure universelle

à toi
d'en extraire le minerai
pour finalement dormir
dans un hangover

vas-y
pilote tes viandes
sois à la hauteur
de tes psychotropes

aux commandes
de la dose léthale
tu avances
sans souffle
ni voix
pour effacer l'ennui
avec un tas de petites comètes
qui s'effondreront
dans un fracas
de lumières