2012-04-27

alarme

viens
sonne l'alarme

il est temps

cela faisait longtemps
que l'incendie
te ravageait
de l'intérieur

les commandos
défilent au supermarché
et les weekend warriors
débarquent

la foule
piétine les cadavres
sur les stationnements
au pied des bunkers

une ligne
de front
de chariots
de chez Wal-Mart
pour seul rempart

viens
on va leur faire peur
pour que leur sueur
soit vraie
et pleine

viens
sonne l'alarme
fais revenir
l'odeur rance
de l'adrénaline

fais-moi peur
à moi aussi

à mon tour
je pourrai
peut-être
croire
que 
je suis 
encore 
vivant

faïence

du sable
de l'argile
du plâtre
pour
mettre en forme
une vie nouvelle
avec une côte volée
dans un cimetière
avec de la viande
avec des cheveux
blonds
trouvés sur ton oreiller
avec un peu de glaire
avec un peu de farine

assécher le tout
pétrir la pâte
la faire cuire

y insuffler la vie
en crachant
sur la terre
encore chaude

puis verser des larmes
ou un fluide
encore plus intime
sur sa peau nue

verser de la tequila
sur la boue durcie

en attendre l'évaporation

finalement
respirer
impatiemment
le parfum humide
du souffle
qui sort
de ses poumons
de faïence

2012-04-25

beatbox remix

un beatbox humide
boxe les reins qui ondulent
en cadence
sur les corps


un ventilateur
souffle des étoiles tièdes
sous des jupes trop courtes
et sèche tes sueurs

elle finira
par tout enlever
juste 
pour voir
pour boire entre toi et moi

elle est là
pour dégoupiller l'envie
puis se frôler
sur des shooters
de velours

la nuit s'étirera
à force de durcir
dans mon caleçon

un fouillis 
de visages
et de beats
pour des mains glissées
entre jeans et grisaille
entre la griserie du g-string
et le coton de la culotte

pour voir vite
tout ce qui coule
et nous saoûle
entre les aines

nous dégriserons
dans des restes d'amour
remixés par la salive

fourrière municipale

on entrepose
notre rage
nos nuits sans sommeil
nos angoisses
nos échecs
nos petites défaites

on les range
puis
on les classe
dans des boîtes
qu'on loue au centre-ville
qu'on va visiter
comme des cimetières
ou des salles d'urgence

de minables musées de carton
érigés pour commémorer
nos boucheries quotidiennes
nos vastes chienneries
nos crasses vacheries

en sachant
que tout ce qui nous rend
animalesque
est mis en cage
à la fourrière municipale

2012-04-15

balcon

je te reconnais 
on s'est déjà vu 
avant 

tu te souviens
on a échangé 
des fluides 
des salives 
communes 

on a partagé 
les mêmes menottes 
les mêmes tie-wraps 
la même cellule 
avec un balcon 
donnant sur le parc Lafontaine 

puis 
on a mis nos sueurs ensembles 
dans un shooter qu'on a calé 
avec des pâtes froides 

puis
on s'est séparés 
chacun prenant ses affaires 
ses colères dans un sac de papier 
qui refusait de s'éteindre 

je ne dors plus 
je me suis abîmé 
contre les chênes
dont l'écorce gravée
refuse d'être soignée

entre chacun de nos souffles 
il y a des points de suspension 
où passent les voitures