2012-03-15

terrier

en pensant à Denis Vanier et Josée Yvon

mes héros sont morts 
paralysés
sous les pylônes

je suis le fils indigne
de cette lignée de parias 

un autre héritier
de cette dynastie de sans-abris
de repris de justice
et d'ex-détenus
qui s'autoproclament prophètes
au fond des tavernes

je suis 
d'une autre race
d'une sous-espèce
à la génétique piratée
et mon ADN
est patché
au duct tape

j'ai suivi longtemps
l'errance de ceux qui fuient
en écrivant 
d'un 
seul 
jet
sur 
des 
rouleaux 
de 
papier 
enfoncés 
dans 
une 
machine 
à 
écrire 

oui,

j'ai un panthéon brûlant
de filles violentes maniant la machette
de fugueurs en camisole de force 
et de vieillards homos 
peignant des chef d'oeuvres 
à la carabine 

dans la colonie pénitentiaire 
où je suis né
les poètes ont le cou tatoué 
par le chanvre 
et les veines percées
à force de rapiécer 
les fins de mois 

avec les prisonniers
avec les meurtriers 
avec les enfants du quartier
je fume des restants de mégots 

je rêve à la fée des étoiles 
et son clitoris 
qui shine dans le ciel
comme une nouvelle lune
sur la rue Ontario

je suis 
moi aussi
un fauve de l'asphalte
un carnassier intoxiqué
qui se cherche 
une plus grosse dose
pour passer à travers

c'est comme ça
on a échoué 
à me domestiquer 

je sors la nuit
malgré la peur et la terreur 
malgré les croix sur les montagnes 
malgré les tasers 
malgré le SWAT team
malgré les alertes orange
sous les drones furtifs

je reste tapi 
dans mon camouflage 
à écouter les voix 
de ceux qui sont morts

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