2012-12-31

pharmacie

tout ce qu'on peut acheter
dans les pharmacies...

y aller
pour avaler
des doses
de néons verts
qui clignotent
et qui pulsent leurs UV
dans nos veines

y entrer
pour se coller
des patches autocollantes
des tatouages neurochimiques
qui sentent la lavande
quand tu paniques
et que tu ne dors plus

y sortir
avec des boîtes blanches
contenant des capsules de vide
à l'effet placebo
enfin reconnu

y suivre
les convoi de réfugiés
et leurs gonflements
et leurs ballonnements
de vieilles sangsues
sniffant leurs varicoses

y fumer
des cigarettes électroniques
trempées dans de la methamphétamine

s'y injecter
des somnifères
destinés aux bovidés
pour oublier
la vie vénéneuse
des cuirs conçus
pour être consommés

nettoyer 
nos intestins
de toutes ces boues transgéniques
qui collent à nos haleines
et engluent nos paroles

engloutir
toute ma collection
de remèdes
pour te montrer
la vraie guérison

celle que l'on s'injecte
pour pouvoir passer
au travers
pour ensuite
toucher le fond
et y poser le pied

2012-12-16

ghetto blaster

tu fonctionnes à l'instinct
les sens sortis 
dehors
pour capter 
les derniers échos
de nos bribes indechiffrables

ce qui aurait pu être une conversation
a fini 
par 
se 
briser

tu fonctionnes à l'instinct
tu grésilles dans la statique
et tu te perds dans l'écho
de nos vides communicants

ce qui nous servait de langage 

entrechoque ses consonnes
sur nos langues 
sèches
de phonèmes abrupts

parfois
nous arrivons 
à dépasser les gestes
et nous parvenons 
à articuler
des syllabes 
entières

tu retrouves alors
les voix blanches
que l'on pouvait entendre jadis
sur des bandes magnetiques vierges
jouées à plein volume

2012-11-08

bruit blanc

cet arrière-goût
de moteur

ce confort
amer
vautré
dans les neiges brunes

ton cri brûlant
qui traîne ses parfums
sur une rue d'amphétamines
et de sels de déglaçage

des caméras
filment le grabuge
des vitrines pétées
dans le son pur
du white noise
des téléviseurs

tu portes
les chaînes
d'un continent
construit
sur des pénitenciers

ce bruit blanc
déchire tout
dans mes neurones

tu enfiles
un regard de brigade anti-émeute
pour venir me parler
de lacrymogènes

ce soir
nous allons
TOUT
réfuter

tu sauras alors
que notre migration
est irréversible

2012-09-15

motel Bates

le motel Bates 
suinte dans l’horizon
tandis qu’un vieux jukebox

macère en noir et blanc

je te cherche
le couteau à la main
cherchant des chairs nues
pour découper des lanières
pour me fabriquer un masque
ou un etui pénien
pour enfouir mes gonades
dans une viande inerte
totalement décontaminée
par ma violence

je cherche
à faire taire mes avaries
à faire l'inventaire
de mes varices
puir me rouler 
dans des
farines animales

je finirai enfin
malade ou vivant
comme au sanatorium
avec le génome gercé
d'une nuit américaine
plus blanche
que noire

2012-08-26

corporate barbie

enfance 
de poupée russe
pour le téléscopage
de l'âge adulte

entre 
les baises
les bars

les plans culs
et les plans foireux
tu retournes chez toi
pour manger tes pâtes froides au beurre
pour
essayer de grandir
une autre fois

tu sais 
que tes gestes 
seront indélébiles 
mais tu reviens 
mendier les transgressions
qui enivrent 

pour de bon

ce matin
réveil granuleux
conference call
salle de réunion
bas résille
jupe de barbelés
complet cravate 
cravache
aux collants beiges 

opaques 
blindés 
blind

tu caches
tes tatouages
au creux des aines

dans la cour d'école
Barbie sniffe de la coke 
sur son sac à main Prada

avec son powersuit de carbone
elle joue à la madame de fer
qui illumine la machine à café
de son brushing scintillant

fille enfant 
immigrée
dans un monde 
de vieilles

tu caches tes larmes
au powerlunch du midi 

les princesses interchangeables
iront au Starbucks du coin
pour éviter la cafétéria 

ça te rattrape
parfois 

tu veux 
retourner 
en enfance
mais
le sang qui coule
dans ta culotte 

te freine
te retient sur place


et te noie 
parfois

2012-08-07

cergy saint christophe

viande halal
poulet et merguez
les tissus qui brillent
les femmes dans l'ombre 
les hommes aux joutes verbales 

ce matin 
un peu avant le soleil
les gens marchent d'un pas lent
le vieux rythme africain
qui ne se presse pas
qui marchande
qui attend
qui discute

Cergy s'est levé
c'est jour de marché
et le tourbillon d'enfants
qui chahute les passants
ne bouscule pas cette lenteur 

le temps s'est arrêté 

la grande horloge de la gare est immobile
fixée sur l'heure de Dakar ou de la Mecque

elle attend que tu souries 
pour se remettre à fonctionner
mais elle ne te voit pas

elle ne te verra jamais

plan de carrière


je me résigne
à être
à devenir
le Normand L'Amour de la poésie contemporaine
le parolier officiel du chanteur de la Chicane
le Michel Louvain du death metal
la Corno du porno
le Roch Voisine des rockabilly
la Mitsou du dubstep
le Boy George du country
le Pape du Rap

le slammeur chic
avec ma langue en spandex
pour vous dire
les déchirures
BANALES
du day to day life

2012-08-02

east european porn

elles s'agitent
plus frêles
que les anges
avec leurs squelettes
leurs jupes noires
leur bustiers de barbelés
dotés
de seins
et de palpitations
translucides

un peu
plus de peau

un peu
plus de gras

un peu
plus de vie

je cherche
ce qui se cache
sous leurs os proéminents

pas assez de chair
pour y plonger les dents
rien à mordre

rien à voir

juste rien
un cuir vide
dans un assemblage
de mâchoires
de calcaire
et de tendons
qui claquent

un échafaudage
de cartilages
à la lubrification
des arêtes

des effluves salées
qui frémissent
et glissent
d'une salive à l'autre

l'ombre d'un délit
plane toujours
et vient
aiguiser
nos viandes

2012-07-09

l'inventaire du gambler

j'ai des ailes
dont je ne me sers jamais

des mensonges
de rechange 

des bouteilles
de kérosène 
avec des mèches de coton dedans

des figurines
à ton effigie

des vinyles
que plus personne n'écoute 

des poèmes rayés
laissés au pawn shop

des cigarettes volées à Bruxelles 

un appétit pour le sabotage 

un surplus de confusion 

et des envies 
de tout crisser là 

pour me refaire 
comme un gambler 
avec une mise de trop 
au compteur
qui frôle les tables
de black jack

undo redo

undo
ce besoin de recommencer

redo
me refaire
des repères
renouer mes chairs
refondre la matière

undo
perdre mes ornières 
montrer
ce qui ne peut plus
être rapiécé

redo
reprendre la route 
refaire le trajet 
revenir à l'intersection 
redevenir invincible

undo
éviter les tumeurs
purger mes toxines
rallumer les torches
une fois pour toutes

redo
retrouver
recupérer ta chaleur 
refaire une copie
des clés de ton appartement
voler une photocopie
de ton visage

redo
t'embrasser
en novembre
sur un quai du vieux port
pour geler mes lèvres
sur tes lèvres

2012-06-22

surf

des vagues
des petites
des grandes
des profondes
une idée
sans fin
le grand creux
qui te bouscule
un hurlement
titanesque
qui te pousse
à bout de souffle
dans les remous

tu peux sentir
tout ce qui te dépasse

miniaturisé par l'océan
tu ne peux que suivre

glisser
flotter
sur les embruns

résigné
fatigué
tu te laisses
emporter

tu mêles 
ta sueur
au sel

l'eau goûte amer
mais tu l'aimes
à t'en saoûler

2012-06-20

lave

une lave
que la pluie ne refroidit pas

une suie
à même nos langues

toi et moi
volcaniques
solidifiés
par les étreintes tectoniques
au creux de nos plaques

on se touche
on joue à la bouteille
on joue à refaire
les derniers jours de pompeii

une chaleur arrive
et nous fige sur place
dans la lenteur de nos cuisses
un arc de muscles
a fusionné

nous marcherons
comme deux somnambules
piétinant les braises
pour célébrer nos collisions

2012-06-11

satellite of love

je vise l'ionosphère
car je n'ai
plus d'attaches

la terre ferme
est si loin
maintenant
les petites chairs
attendront
je ne reviendrais pas
je me serai détaché
au point d'être
qu'une lueur
un point flou
ondulant
entre la lune
et les astres
entre la vie
et le désastre
un point lumineux
faiblissant
un simple
satelllite
traversant le ciel
sans laisser
d'adresse

2012-05-27

voyeurisme

des alcools chauds
luisent 
épilés
comme nos gestes 
imparfaits

l'ébriété
ur ton ventre
a des tissus
qui baîllent

des élastiques fatigués
laissent deviner
des courroies délavées

un moment
de coton suspect
laissant tout voir

cela mouille
cela pend
au bout des chairs
dessinant des 
halos 

au 
pourtour
des aréoles
je suis ébréché
tu me fais mal
avec tes recoins de peau
que tu laisses traîner

un moment de voyeurisme
pour lequel
je devrai 
encore
plaider coupable

2012-05-25

incinérateur

tout ce que j'ai
tout ce que je suis
tout ce que j'ai pu être
tout ce que je serai
flambe comme jamais
l'incinérateur 
avale tout
carbonisant 
jusqu'à mes désirs


comme toujours
je sais 
que je ne réussirai pas 
à me renouveller
à me réinventer
aussi vite que les flammes

ce que tu me donnes
est enduit de napalm
et je le consume 
en vitesse
en cachette

des braises entre les dents
en marchant sur des cendres
encore vives


je me tiens debout
dans ton four crématoire
je dompte tes volcans
je traverse tes charbons
et ma sueur s'évapore
sans pouvoir t'éteindre

2012-05-13

avant le temps

il y a des enfants
qui attendent
le retour
d'un parent 
parti ou disparu

pour briser l'abandon
il faudrait recoller 
les morceaux
avec un gun à clous
ou des points de suture


ces petites porcelaines
que nous allons réparer
ont de petites voix 
qui se cachent
sous le lit


elles rient
elles pleurent
elles ondulent 
dans les heures
à force de compter
les jours
les semaines
les mois


tout ce temps 
qui ne passe pas assez vite
quand on attend
quand on est impatient
et qu'on s'épuise
à faire des marques au calendrier


tout ce temps
à empiler les heures
pour en faire une montagne
puis la gravir tout seul
comme un grand avant le temps

2012-05-10

mirador

tes seins 
hauts perchés
nient la gravité
et flottent dans l'air
comme des gyrophares
qui font échouer
les regards

tu danses
au fond des galeries minières


avec tes mamelles peintes
sous une robe de latex
avec ton noir 
de circonstance
et ton cutex
appliqué au cutter
tu hypnotises 
les stroboscopes

tu te penches
pour voir 
sous les jupes
et mesurer ton attrait


ce soir il y aura
un grand vernissage
de tapisseries guerrières
mêlant cheveux et entrailles
tissées par les enfants
venant des taudis
près de l'autoroute

tu veux 
connaitre le rôle
que tu joueras ce soir
sous les spotlights
entre les mitraillettes
et les miradors

2012-05-07

4 AM

des scrappes 
d'enfance
des restants 
de l'âge indécis
que je réchauffe
sur des cicatrices lointaines
comme des viaducs
desséchés
en plein Nevada

je suis
comme toi 
j'ai connu 
des baisers
qui ne se passent pas 
comme prévu

des nuits 
dans des parcs municipaux
à boire 
l'orange 
des lampadaires
en cachette

à m'inventer 
des extases
pour me blinder

à faire semblant

que le lever du soleil
viendra tout laver

pour ne plus 
me faire 
atteindre

pour
ne plus
attendre
sa chaleur

4 AM
l'aube arrive
à la fin du mois
de juin

2012-05-01

primitifs

redevenons 
primitifs

nos mandibules 
de primates
déchireront
de plaisir
les mammifères
les volatiles
les crustacés
les viandes
et les sucs

nous mangerons
face à face
avec nos yeux vitreux
de prédateurs grisés
par le sang frais

les prises 
ramenées
dépecées 
coupées 
seront
braisées
roties
apprêtées
délicatement

sur un feu allumé
il y a une éternité

avant
la domestication
définitive

2012-04-27

alarme

viens
sonne l'alarme

il est temps

cela faisait longtemps
que l'incendie
te ravageait
de l'intérieur

les commandos
défilent au supermarché
et les weekend warriors
débarquent

la foule
piétine les cadavres
sur les stationnements
au pied des bunkers

une ligne
de front
de chariots
de chez Wal-Mart
pour seul rempart

viens
on va leur faire peur
pour que leur sueur
soit vraie
et pleine

viens
sonne l'alarme
fais revenir
l'odeur rance
de l'adrénaline

fais-moi peur
à moi aussi

à mon tour
je pourrai
peut-être
croire
que 
je suis 
encore 
vivant

faïence

du sable
de l'argile
du plâtre
pour
mettre en forme
une vie nouvelle
avec une côte volée
dans un cimetière
avec de la viande
avec des cheveux
blonds
trouvés sur ton oreiller
avec un peu de glaire
avec un peu de farine

assécher le tout
pétrir la pâte
la faire cuire

y insuffler la vie
en crachant
sur la terre
encore chaude

puis verser des larmes
ou un fluide
encore plus intime
sur sa peau nue

verser de la tequila
sur la boue durcie

en attendre l'évaporation

finalement
respirer
impatiemment
le parfum humide
du souffle
qui sort
de ses poumons
de faïence

2012-04-25

beatbox remix

un beatbox humide
boxe les reins qui ondulent
en cadence
sur les corps


un ventilateur
souffle des étoiles tièdes
sous des jupes trop courtes
et sèche tes sueurs

elle finira
par tout enlever
juste 
pour voir
pour boire entre toi et moi

elle est là
pour dégoupiller l'envie
puis se frôler
sur des shooters
de velours

la nuit s'étirera
à force de durcir
dans mon caleçon

un fouillis 
de visages
et de beats
pour des mains glissées
entre jeans et grisaille
entre la griserie du g-string
et le coton de la culotte

pour voir vite
tout ce qui coule
et nous saoûle
entre les aines

nous dégriserons
dans des restes d'amour
remixés par la salive

fourrière municipale

on entrepose
notre rage
nos nuits sans sommeil
nos angoisses
nos échecs
nos petites défaites

on les range
puis
on les classe
dans des boîtes
qu'on loue au centre-ville
qu'on va visiter
comme des cimetières
ou des salles d'urgence

de minables musées de carton
érigés pour commémorer
nos boucheries quotidiennes
nos vastes chienneries
nos crasses vacheries

en sachant
que tout ce qui nous rend
animalesque
est mis en cage
à la fourrière municipale

2012-04-15

balcon

je te reconnais 
on s'est déjà vu 
avant 

tu te souviens
on a échangé 
des fluides 
des salives 
communes 

on a partagé 
les mêmes menottes 
les mêmes tie-wraps 
la même cellule 
avec un balcon 
donnant sur le parc Lafontaine 

puis 
on a mis nos sueurs ensembles 
dans un shooter qu'on a calé 
avec des pâtes froides 

puis
on s'est séparés 
chacun prenant ses affaires 
ses colères dans un sac de papier 
qui refusait de s'éteindre 

je ne dors plus 
je me suis abîmé 
contre les chênes
dont l'écorce gravée
refuse d'être soignée

entre chacun de nos souffles 
il y a des points de suspension 
où passent les voitures

2012-03-15

terrier

en pensant à Denis Vanier et Josée Yvon

mes héros sont morts 
paralysés
sous les pylônes

je suis le fils indigne
de cette lignée de parias 

un autre héritier
de cette dynastie de sans-abris
de repris de justice
et d'ex-détenus
qui s'autoproclament prophètes
au fond des tavernes

je suis 
d'une autre race
d'une sous-espèce
à la génétique piratée
et mon ADN
est patché
au duct tape

j'ai suivi longtemps
l'errance de ceux qui fuient
en écrivant 
d'un 
seul 
jet
sur 
des 
rouleaux 
de 
papier 
enfoncés 
dans 
une 
machine 
à 
écrire 

oui,

j'ai un panthéon brûlant
de filles violentes maniant la machette
de fugueurs en camisole de force 
et de vieillards homos 
peignant des chef d'oeuvres 
à la carabine 

dans la colonie pénitentiaire 
où je suis né
les poètes ont le cou tatoué 
par le chanvre 
et les veines percées
à force de rapiécer 
les fins de mois 

avec les prisonniers
avec les meurtriers 
avec les enfants du quartier
je fume des restants de mégots 

je rêve à la fée des étoiles 
et son clitoris 
qui shine dans le ciel
comme une nouvelle lune
sur la rue Ontario

je suis 
moi aussi
un fauve de l'asphalte
un carnassier intoxiqué
qui se cherche 
une plus grosse dose
pour passer à travers

c'est comme ça
on a échoué 
à me domestiquer 

je sors la nuit
malgré la peur et la terreur 
malgré les croix sur les montagnes 
malgré les tasers 
malgré le SWAT team
malgré les alertes orange
sous les drones furtifs

je reste tapi 
dans mon camouflage 
à écouter les voix 
de ceux qui sont morts