2011-12-22

trachéoctomie

borderline
je m'avance
en saccades

je m'avance
d'une nudité farouche
prétendant être saoûl
pour foncer sur les tumeurs
puis les mastiquer 
lentement

je te rejoins
nous sortirons
de nos cocon
de nos repaires
de nos  reliquaires
pour nous exposer
aux nouveaux cancers

hugh hefner drive

tu as enfilé
ton peignoir
de soie

celui que tu réservais pour les grands événements

tout commencera
avec l'étourdissement

dans des soirées
de chair fraîche
passées
à tout consommer
vivant
à tout braquer
comme
pour un premier hold-up

à tout vouloir
ces armes blanches
ces poings
ces objets
qui frappent
comme des crowbars

tout crache
tout rage
tu viens de voler
un peu de rêve
au réel
avec un revolver

tu mimes
une prise d'otage
avec un g-string
avec une queue de lapin
collée sur tes fesses

point blank
tu me vises
d'un regard
à bout portant

nous ferons l'amour
aux lampadaires
pour mieux
nous greffer
aux trottoirs

nous y ferons
des centaines
de photos
de toi
de moi
d'elle
avec toi
avec moi
avec nous
avec lui
avec elle
faisant l'amour
avec ou sans
les parfums
du délit

nous irons
boire nos sécrétions
au motel des déroutes
celui dont les chambres
sont délavées
comme les néons
de Las Vegas

verso

le train
révèle 
tout

l'obscène
les tunnels
les usines 

vides

comme les revers
comme des façades inattendues
dans un cauchemar

tu reproduis
tout ce qui 
se dessine
à l'endos
des villes

le train
traverse 
tout
sans retour
possible

les déchets
l'urine 
les villes
les blocages
les entraves
les chaînes
on ne nous libère jamais

le passager
est captif
voyeur
d'un paysage
qui s'expose
à toute vitesse

le béton 
nous fait mal
sous nos plaies 
blanches
d'efflorescence

nos villes 
ressemblent 
à des éteignoirs
où on se fait descendre
lentement
un à un

nous sommes
comme ces graffitis
tous semblables
et animés
d'une révolte 
photocopiée
en noir et blanc
au dépanneur du coin

le train
traverse 
les charniers
les zones urbaines sensibles
les abattoirs
tout ce qui grouille
avec
ses dentelles de rouille
et ses petits bouts de ciel
derrière les conteneurs

les enfants 
jouent
avec des mégots
puis boivent 
des vodkas de misère
pour
se coucher
sur les rails
une façon
de passer 
le temps

2011-12-20

revers de ville

le  train
avance
révèle
obcène
les revers
les façades
l'inattendu
l'endos
le verso
des villes
les tunnels
les déchets
les traces d'urine
les entraves
les blocages

je suis
un voyeur

je suis
un passager
qui regarde
trop

un paysage
s'expose
défile
déroulant
l'encombrement
des vieilles bouteilles de vodka vidées
des fauteils brûlés
des cannettes de bière
des mégots partout
des usines vides
de toutes ces choses
qui agonisent

le béton cache
mal tout cela
et laisse tout dépasser
entre ses interstices
on voit
des dentelles
de rouille
des craquelures
des plaies blanches d'efflorescence
recouvertes de graffitis
interchangeables

en copie carbone
les cités glauques
les cloaques de ciment
ressemblant à des labyrinthes
se dressent dans l'urbanisme droit
des années glorieuses
de la télévision en couleur

si on y marche
la nuit
on se fait descendre
lentement
un
à
un

le train
traverse
tout
les charniers
les abattoirs
à ciel ouvert
les yeux fermés
cachés
derrière les conteneurs

les tunnels
se ressemblent tous
avec leurs éclairages
muets et froids

2011-12-06

égratignure

j'ai les nerfs
égratignés
par une usure
prématurée
et mes échecs
s'évaporent

je suis un
spasme imprévu
une incohérence
révélatrice

l'obscène
arrive
par mes muscles
à bout de nerfs

par mes gestes
imprécis
d'impatience
tout
trébuche
dans le temps

guide-moi
refais
pour moi
le tracé
des dessins
que je grifonne
à l'angoisse
à l'accident
et au crash

je me laisse aller
entre la collision pure
et une feuille peinte
par la peur

j'encre
mon instabilité
d'un crayon
guidé par l'instinct

les retouches
seront laborieuses
ou interdites

les ligaments
à l'abandon
ne suivent plus

mon dessin
a des airs
de mensonge

j'ai des nervures
qui grafignent

j'ai des griffures
qui râclent

le fond de mes tripes
dans un recoin
caché
me fait trembler

entre inconfort
et incompréhension
je révèle
alors
les contours
du cauchemar