2011-11-22

on the road again

dans ce train
encore une fois

on the road
again
à trimballer
même rengaine
mon sac de viande
mon duffle bag
et ma grosse valise noire

on
the road

the road
again

sans trop penser
sans rien vouloir
sans savoir quand je reviendrai
sans me retenir
sans mes souvenirs
surtout
sans vouloir revenir
sans vouloir te revoir
ni savoir
ni vouloir

vraiment
bousculé

vraiment
éparpillé

sans billet
de retour

un one way ticket
de proximité inconfortable
avec des étrangers
dans des compartiments étroits
aux surfaces trop lisses
qui reflètent
nos odeurs
nos haleines
notre haine
mal lavée

il y a
des marques de sueurs
sur les vitres
et j'ai des cernes
sous les yeux
comme quand
on s'est quittés
en slow motion
sur une douleur
de lenteur
avec des déchirures
au ralenti

2011-11-17

marlboro

fumée noire
fumée blanche
fumée bleue
fumée
tout court

fumée
des cigarettes
qui vole
avec son poison
au menthol

tout s'emballe
tout tourne
tout s'encrasse
et laisse sa suie
partout

une volute folle
me rend faible
et friable

j'en mesure
l'envoûtement
au nombre
de brûlures
sur mes doigts jaunis
ou ailleurs

dans le souffle
ou ailleurs

avec
les marquages
les perçages
les mégots
les brasiers anciens
ou plus récents

mes chairs
se souviennent
encore
des âtres
des foyers
des forgerons
qui soulèvent les tisons
et rallument
les addictions
menant
la danse
des convections

léché
par la fumée nue
cela
m'allume
m'excite
m'inspire
quand
tu me pollues
quand
tu me gaves
pour calmer mes désirs
quand
tu me ramènes
au nuisible

allez
encore une tournée
de toxiques concoctions

tout ce qui se consume
en format king size
m'achève à petit feu

2011-11-03

lourdeur

il y a
la lourdeur
des mots
qui nous colle
au sol

puis la
lourdeur
des gestes
qui nous rend
immobile

ensuite
la simple
lourdeur
d'être



avec
la stagnante odeur
de ce qui est digéré
avec ou sans nous

ce flux de toxines
aux gonades qui suintent
des hormones
de crêvures
sans les mots pour dire

on perd
toujours

ce qui gicle finit toujours
par se dissoudre



je suis là
avec mon poids
avec mes vieilles chairs
avec tout ce qui a pu s'incruster
dans mon cerveau
de manière irreversible
portant
mes cicatrices
mes conséquences
mes pertes de contrôle
comme autant de tatouages
sous ma peau

tout
ce temps
passé
à décortiquer le monde
à dépecer les viandes
à disséquer les bêtes
sans réellement
alléger
le temps présent

2011-11-01

goupilles

des amorces
des goupilles
des détonateurs
du C4
même
du gaz à lighter

tout peut servir
en ces temps
de terreur

tout peut
finir
par venir
rallumer
les souvenirs
mal éteints

nous savons
que parfois
les buildings brûlent
à cause de vieilles botches
qui glissent
entre le carton
et le prélart

et moi
je sais
ce que tu caches
dans tes vieilles boîtes

je sais
ce que tu cherches
à oublier

je pourrai te parler
de mon impuissance
à éteindre les flammes

puis je laisserai
mes pensées
s'entrechoquer
sans arrêt