2011-10-31

plomb

les pales de l'éolienne
tournent comme des ossements primitifs
dans un vent
ancien
pur
et
blanc

un sternum de baleine
greffé de dorsales d'épaulard
en spirales de calcaire
au sommet d'un mât

le mobile d'acier
tourne
pour avaler
nos cauchemars
et nos cataclymes
à venir

je grimpe
pour toucher
le ciel laiteux
le ciel nuageux
des souvenirs
d'une enfance
qui tourbillonne
à vide

tout tourne
sans arrêter
au milieu
du vent

les céréales millénaires
oscillent
et s'ossifient
comme les cadavres
laissés en pleine
campagne

l'éolienne
tourne
surplombant
ce que nous cultivons
entre deux guerres de plomb

2011-10-28

documentaire

partout
des rues
des impasses
des vitrines
qui scintillent
dans les gyrophares
des voitures de police
qui font du surplace
au centre-ville

toi
tu danses
pour me faire oublier
les cigarettes
et les cicatrices
laissées sur
ton corps
de guerrière

avec
tes barbelés
de dentelles drues
tu emballes
tes seins
dans un velours
de guêpière
qui réchauffe
et rassure

allez,
à soir
on fait peur
au monde

les vieilles dames
changeront de côté de rue
en nous apercevant

la nuit commencera
quand les étoiles perceront
ce vieux ciel de cuivre

elles sont là
elles arrivent
en haut
inaltérables
innombrables

aucun milliardaire
ne pourra les acheter

elles sont là
elles arrivent
en haut
si haut
et elles éclairent nos ébats
alors que
nous ébruitons
les lampadaires
avec un strip-tease
sur le toit
d'une voiture volée

nous jouons
à boire des shooters
de vieille booze
sur les carrosseries
d'un stationnement désert

on se passe
des puffs de monoxyde
des puffs de fumigènes
des puffs d'alerte orange
venant d'un siècle
en alarme

nos sexes imbibés
illuminent
nos perchoirs de béton
alors que
nous imitons
les passages cochons
de documentaires animaliers
où les primates effarouchent les bus de touristes
avec leurs sexes rouges vifs
durcis par les injures
et la captivité

leviathan

je vois
des créatures
nouvelles
ou très anciennes

je vois
nos villes
piétinées
réduites
à un petit peu
de poussière

un tas de mégots
dans le vent

des géants
de schiste
aux airs de cargos couverts de suie
viennent avaler nos montagnes
et boire nos sables bitumineux

leur monde achève
et le nôtre aussi

ce besoin
prondément
humain
de ne plus revenir
entre ces murs
de béton

c'est maintenant
que je veux
que tu m'avales

comme
Jonas
je parasiterai
tes entrailles
en me nourrissant
de fragments d'épaves
de narvals blessés
de vieux paquebots
de kraken
de boues sédimentaires
et
j'attendrai
ta mort
pour sortir

je renaîtrai
moi aussi
en avaleur
de gratte-ciel

videotranquillité

on cherche
à nous faire taire
à figer nos gestes
pour les reproduire
à l'infini

les policiers
pourront
copier
coller
leur violence
sur nos
crimes
non-résolus

tout ce
qui dégaine
qui éclabousse
qui est saoûl à midi
et qui frappe
sera répertorié
et catalogué

nous établirons
un registre
de tout ce qui bouge
et qui respire

puis
pour passer le temps
ils porteront un treillis militaire
décoré de tatouages
pour masquer
leur peur

nous
nous ferons
semblant
de camoufler
nos nerfs à vif
en nous
promenant
sur les quais
avec des morceau
d'effroi
dans les poches

prêt à sortir
une lame brillante
pour trancher
ce qui dépasse

sur les chaînes
d'informations continues

nous ferons
jaillir
un peu de sang
juste assez
pour que tout

arrête de gémir
en direct
au journal télévisé

2011-10-25

Charles-de-Gaulle Airport

l'armée de l'aéroport
monte la garde
d'un tapis roulant désert

interdiction de circuler
tout est bloqué
présentez vos papiers
c'est sans issue

êtes-vous regulier?
par ici la sortie

vous avez un accent?
est-ce un signe d'inferiorité
ou
une simple déviance linguisitique?

ah

c'est bon
vous pouvez passer

euh
vous êtes québécois, non?

oui
et vous
vous êtes fûté, non?

mes accents
sont aussi aigus
que les vôtres

c'est juste
que
ça
paraît pas
sur mon passeport

2011-10-24

madone

léopard
cuir
stilettos de verre

à mendier
des attouchements
au coin d'une table
pas loin des passants

tu fais bander
les camions-citernes
et les vieillards
en bavent d'envie
les policiers autopsient
tes bas-résille
pour chercher
des hormones
de synthèse
qui viennent
de mallettes noires
laissées
au pied des monuments

souvenirs
de tes attentats passés

léopard
cuir
vitraux de peaux
dans les cathédrales
du red light
tu brilles
comme une madone
recouverte de viande
et d'onguents

tes seins lustrés
par l'usure
portent une huile sainte
une délivrance
qui enivre
ceux qui peuvent
encore
les saisir
à pleines mains

spectacle

je dois
m'abreuver
à même le soleil
s'il le faut

je dois
crever mes abcès
et me guérir enfin

je boirai
toutes tes sueurs

pour délirer de toi
pour dégouliner de toi

avec tes hanches
qui me ramollissent
les genoux

je reviens
visiter le simple spectacle
de tes peaux

fumée

tu empiles
tes cassures
entre les factures
et les avis d'explusion

tu attends
des chèques qui ne viennent pas
des lettres sans adresse
des mises en demeures
des messages sur le répondeur
des échos
à toutes ces choses
qui t'enterreront vivant
pétrifié par le pouls des heures
par les coups de poing
sur la tôle et le béton

tu expireras
à force de donner
des coups de pied
sur les silences
qui te cadenassent

tu tomberas
à force de te battre
quitte à t'en casser les jointures

une rage
te réchauffe le souffle
avec la nocivité
d'une dernière cigarette
avant le sommeil

Montparnasse-Bienvenue

rien
n'est automatique

rien
n'arrive à l'heure

tout
devient
un imprévu
un aléa

mais
malgré tout
nous prenons
tout cela
pour acquis
en faisant
comme si rien n'etait

nous attendons
pour voir
si ça
passe
ou si
ça
casse

en gueulant
si ça merde
en braillant
des injures
entre les clopes
et le pinard
premier prix

les pieds dans la pisse
nous attendrons
accroupis
comme des mendiants
dans les couloirs du métro
ou les halls désertés

"on a eu un petit couac point de vue organisation"
me dit-elle d'un sourire faussement navré

miction

des mots
des conséquences
des frictions
des mictions
tout ce qui use
est là
entre deux silences

on en dit trop
en dépassant le cadre des mots

on se croise
sans se reconnaître
vraiment

nous sommes
catapultés
arqueboutés
et
pourtant
nous nous frôlons
dans des bousculades animales
à l'heure de pointe
que nous évitons

vient le moment
où la foule s'emballe
où tout se déballe
maladroitement
sur un fil de fer
dans le déséquilibre
ou l'ignorance

c'est alors que
je marquerai
mon territoire
au bout d'un trottoir

je te toucherai
avec mes promesses non tenues
ou mes envies abrégées
puis
je prendrai
alors
ma posture de toréador
ma position de combat
destinée à vaincre les taureaux
ou autres bêtes indomptées

et
je t'affolerai
par mes crachats
et mes capes rouges

je viendrai
alors
et je t'emporterai
avec
autant de témérité
que d'insouciance

j'aurai
pour seuls remparts
ma conscience et mes rancoeurs

puis
je t'embrasserai
comme si le jour à naître
ne viendrait pas

2011-10-12

high pressure sodium

orange
comme toutes les lueurs de la nuit
sur toutes les villes du monde

orange
la couleur
qui coule
qui suinte
puis qui déteint
en brunissant les arbres

je revois
toutes ces brûlures ocres
qui observent
les stationnements vides
qui servent de barricades
aux entrepôts de l'ordinaire

orange
qui vibre
dans l'air
à faire
crever les mouches

les ruelles
deviennent
monochromes
et les ombres filent
en fumant des cigarettes

orange
qui fuit
qui dégouline
et qui brille
d'un air obscène

cela
te brûlera les ailes

braconnier

ce besoin
irrepressible
de redevenir
un chasseur
un trappeur
un braconnier
un prédateur
ou juste
un animal
à domestiquer

je veux pister
tes humeurs
tes phlegmes
dans la ranceur
de tes replis

me tapir
loin dans l'ombre
pour toucher
au velours
de l'origine

sentir
le faisandage
de tes nerfs

puis partager
les restes de mon festin
avec le béton frais
pour en faire
un monument

humus

humus
et vagabondage
entre les souches
et les caches d'armes

je me dissimule
dans la forêt maquis
d'un coeur
corbeau

tu me vois
et tu me suis
avec ta violence
sous un manteau
de tant de viscères
laissés visibles
sous le vent

les guerriers se terrent
masqués par la boue
et le camouflage

je suis devenu si flou
perdu
dans un repère caché
en creusant mes tunnels
sous les bombes

au fond de nos colères
je joue au mineur
et je retire le diamant
de la dynamite
au creux de la rage

tu le sais
et tu te tais

2011-10-10

nuits blanches

nous
buvons
tous la même eau

nous
respirons
tous le même air

nous
rêvons
parfois la nuit

nous
voulons
tous un monde meilleur

nous
dormons
quand c'est possible

nous
nous
inquiétons tous
pour nos enfants

nous
sommes
le dénominateur commun
la majorité silencieuse
dans la course
aux dividendes

on nous divise
on fait de nous
de la viande

nous savons
que nous valons plus
que notre cote en bourse

nous
savons aussi
la solvabilité
de notre souffle
dans les comptes en banques suisses
de nos désirs

il est clair
que notre coeur
n'a pas de plan d'affaires
pour se mettre à battre

aussi
nous avons
tous peur de la mort

nous
sommes
des rêveurs éveillés

nous
apprenons
tous
à marcher

nous
avons
tous
le droit à la parole

nous
avançons
dans le futur
sans le savoir

nous
perdons
des gens de vue

nous
laissons
des attaches
des amarres
des ports connus

nous
quittons
le nid familial

et
nous
mentons
parfois

alors
nous
crions
nus
décharnés
à même
notre naissance

sans le savoir
nous
camouflons
nos sexes
turgescents
fluorescents
dans la nuit

puis
nous
errons

c'est à ce moment
que
nous
serons
bombardés
victimes
de messages
de publi-sac
ou autres pollutions

alors
nous
fuirons

nous
serons
libres

peut-être
mais pas trop

pour un instant

nous
serons
alors
tous
capables d'aimer

peut-être

capables du meilleur
et du pire

nous
serons
imparfaits

et
nous
aurons
un jardin intime
luisant

au creux
de ce qui
nous sert
de palpitations

et même
si nous avions des lois à respecter
nous les transgresserons

nous
aurons
le fardeau de la preuve

nous
aurons
les nuits
les plus
blanches

puis
enfin
la liberté