2011-09-07

saturation

je patauge
dans la saumure
des heures saturées

j'écoule
des journées
en comprimés
et
mes heures
sont réduites
à néant

j'applique
une poudre
dans la chiffonade
de nos peaux satinées
tandis que la noyade des jours
rythme
nos pulsations nocturnes

on m'offre
un soleil 
fuyant
qui ne réchauffe
plus autant
qu'avant

pour se rassurer
nous étirons
nos membres
pour communier
jusqu'à ce que la fermentation
nous impose le silence

bouette

je rêve 
d'un pipeline 
avide
pornographique
pompant 
des poèmes bitumineux 

straight pipe 
dans les veines de nos politicrates carnivores 

full blown orgasm
la bave brune pétrolifère 
qui professe ses injures 
dans un exorcisme 
de boues malades

pistes

j'ai fait
des pas
dans tes traces fraîches

j'ai fait
des pistes neuves
hors des sentiers
dans des sols froids
d'une boue immuable

j'ai laissé ma peau
dans ce qui remue
dans ce qui grouille
et qui peut nous engouffrer
à tout moment

je suis
pétri
de sables mouvants
de boues volcaniques
ou d'autres
sécrétions du sol

pétri
par ce qui avale
je suis

las
un enfant trop tiède
un enfant trop lousse
abandonné

je suis
de ceux qui ne croient plus
qui abandonnent
et qui espionnent
au fond des bois
quand
les glaces n'ont pas encore calées

entre toi et moi
reste un plan d'eau
une source
comme
tu te plais
à me le rappeler

crayon

un crayon rouge
celui dont l'encre coule

un crayon rouge
indélébile
celui qui te sert
à maquiller tes lèvres

quand
tu approches
ta langue
tes lèvres
et ta bouche entière

tout
ce qu'il y a d'électrique

tout
ce qui me sert à décrire
se répand plus loin
que l'étendue
de mes horizons déliés
avec ses ruptures
et ses interstices

les mots sont inutiles
des petits contenants saturés
jetés par terre

petite souffrance
d'une saleté passagère

laisse-moi décrire
ton horizon
à même
tes lèvres
ouvertes

starlette

je pense
à cette petite starlette
Stéphanie ou Isabelle

qui faisait du patinage artistique
avec ses cheveux gaufrés
de poodle docile

avec ses collants bruns pâle
couleur chair

des collants
opaques
qui ne laissent rien voir
sauf l'invisibité chaste
de nos envies diluées

est-elle
devenue danseuse?
ou chirurgienne?
ou assistante-dentaire?

erre-t-elle
comme moi?

elle aussi
dans la pharmacie...

accroché(e)s
à ce vide
qu'on s'injecte
pour passer au travers?

feu d'artifice

tu sors
dans la rue

les ruelles
peintes
aux gyrophares
te rappellent
ton enfance

la cour d'école
la fenêtre cassée
par les balles
de baseball

mais

tu t'ennuie surtout
des Louisville Slugger
qui faisaient des étincelles
quand on frappait la brique

ruptures

je cherche
une vague
plus creuse
plus pronfonde

venant
s'imprimer
aux creux
de tes reins

venant
illuminer
ton pubis
d'une nouvelle pluie
d'ambre
de lueurs glauques
d'embruns
salissants
parfumant
tes aines
ou tes aisselles

laisse
moi

laisse
tout tomber

laisse
tout
aller

et cela ira
crever
sur tes hanches
agitées

j'y verrai
alors
la logique
des ruptures

puis
celle
des silences

puis
je me tairai
enfin

laissant
tout
dériver
pour enfin
dévorer tes rêves
dans un défilé
d'images floues
s'évaporant
dès que l'aube
apparaît

proximité

nudité
d'une proximité
absolue

quand ta peau de vaseline
glisse sur le gravier
et que tu bouges
comme une fugue d'enfant

tu frottes
tes vapeurs de gasoline
sur tes replis d'hormones
sur tout ce qui dépasse
avec les fissures qui bavent
sur les dards

nous comprenons
alors
qu'il n'y aura
aucun chemin
pour s'en sortir
aucune sortie d'autoroute
aucune issue
juste un péage
une déroute finale
décorée de malaises

en pleine foule
dans la corrida
du centre-ville
tu jouis
sans consentement
devant nous
illuminant
la route