2011-06-30

scrapbooking

je suis à l'ébauche
d'une nouvelle tristesse
pour alléger
ce que je porte

j'élimine 
les bagages
contaminés
d'un passé
qui me colle
à la peau

malgré la mue
écrite
dans un cahier jetable

malgré la sueur
qui ruisselle
d'un musc reinventé

je ne parviens plus à 
renouveller ma gangue

gangrène
de trop de souvenirs
enduits
des traces
de nos égarements

nos ébats
pour s'affranchir
pour en finir au plus vite

car je sais
que tu gardes
les icônes saintes
de nos salissures
dans un scrapbook
verrouillé à clé

2011-06-29

night train

la ville
sera trop chaude
et le courant
sera coupé

le blackout
sera définitif

ce train de nuit
nous servira de refuge

les mains ouvertes
je m'efforcerai
de tracer
mon passage

la cécité
deviendra
nécessaire
un mode de survie
dans la sévérité
de l'obscurité

les gens s'entrechoquent
dans des bruits d'organes
méconnaissables

nous inventons
une nouvelle façon
de se cogner
aux parois

2011-06-26

souffles

tout ce qui part
en fumée
s'écoule
entre nos doigts
comme du sable

avec
nos porosités
nos capillarités
nos dermes
pas trop étanches
on essaie
de retenir les choses

à coup
de digues
de barrages
nous mettons
nos émotions en conserve
nous marinons tout
dans un congélateur de morgue

mais
ça bouge quand même

le béton fissure
les rides arrivent
le corps
ne répond plus
ne se déclenche plus
au bon moment

nous
ne sommes pas si libres finalement
dans nos cellules
nos serrures
des grands jours
avec ces deuils
qui s'enchaînent
et qui nous suivent partout

nous
sommes
un nombre défini
de battements de coeur

une quantité
de souffles

puis plus rien

reggae dub vibe

uptown
downtown
let the sound
go down
and astound

ma résonance
est unique
je la réplique
je resound
je rebound
je bounce
d'une voix magique
dans les echoplex
de Lee Scratch Perry

dans la statique
tout se déroule
dans la déroute

les passagers
de l'overdub
cherchent
du fire
dans les delays

train wreck riddim
pour les oreilles

du rub a dub style

me
ima tiger
inna full reggae vibe
avec une licence
pour les merveilles

je déracine
toutes les manoeuvres
dans un manifeste
rauque et nonchalant

entre deux lignes de basse
Roots Manuva
résonne
avec sa voix
qui se grave
qui se déplace
comme les esprits

puis vient
la danse
la noirceur
aux cuisses d'assaut
vibrantes de graisses
sanguines et nues

ce défi lancé
par les dancehall queen
ces femmes phaser
qui se maquillent au lazer
dans des déhanchements liquides
qui troublent et triomphent
en essoufflant les beatboxes

2011-06-19

cendres

sa posture
et ses mains jointes
me rappellent
l'inquiétude
de celui
qui refuse
de guérir

on attache l'infirme
à sa moisissure
pour lui faire comprendre
pour l'assimiler
à son humus
pour l'intégrer
à ses fientes
pour le composter
et en faire un terreau
pour y faire pousser
des monuments
des obélisques
des miradors

ensuite
on ira épier
ce qui se terre
dans la tiédeur
de ses cendres

on sait que
tout cela
nous fatiguera
rapidement
et qu'il faudra
tout recommencer

forêt

une forêt
la nuit
la torche remue
le fond du bois
pour réveiller
nos racines engluées
dans de vieux envoûtements
bitumineux

avec nos panaches
de mâles
laissant leurs traces
au passage
nous irons brasser
les cendres froides
de nos anciens rituels

nous piétinerons
le sol boueux et froid
avec nos pieds nus
pour oublier
les engourdissements
les callosités
la civilisation entière
dans nos carcasses
rendues molles
par la domestication

viens
nous ferons revenir
les sentiments évaporés
dans un mouchoir imbibé
d'essence

puis
nous éclairerons
avec les phares du pickup
la sauvagerie banale
les barbelés noyés
les caisses de 24
les chalets en préfini
et nous ferons
du tir au pigeon d'argile

2011-06-09

Texas

un coucher de soleil
laisse ses brûlures rouges
et profondes
sur les nuages

l'impression 
de l’orage
monte
enfin

une grêle 
nouvelle
cristalline 
et purificatrice
crachera 
sur l’ouvrage 
de nos chairs
qui fluctuent


nos mains 
d'argile crue
s'agiteront
dans un ballet 
d'articulations vives
consacrées à l'ouvrage

c'est à ce moment
que nous redeviendrons 
des sauvages
des êtres debouts 
les pieds dans l'usure

nous revendiquerons
nos sécrétions bénies 
et nos ceintures d'écailles

cette chaleur de fusil 
deviendra 
de plus en plus
intenable

nous reviendrons
alors habiter
sur nos terres

nous reviendrons
boire votre eau
sans vous regarder
ni vous comprendre

vous saurez alors
ce que nous sommes
venus faire

2011-06-08

black out hotel

tout se floue
tout devient mou
sous le poids
de l'alcoolémie

une anorexie
attaque le réel

ton visage effacé
aux traits pixelisés
flotte
dans les abcès
de ma mémoire

j'aurai
un conscience blur
un coup de photoshop
effaçant le tangible
retouchant la réalité
de manière indélébile

je serai là
mais pas toujours
intermittent
stroboscopique
une présence
aux allures
d'absence

cause
it's gone daddy gone
love is gone

gone daddy gone
love is gone

parti
enlever ta robe
pour me noyer
dans un désenchantement
que la vodka ne diluera pas

je cherche
une aube
une noirceur nouvelle
une perte de conscience
avec
au milieu
des gestes quotidiens
qui riment avec
toujours

carcéral

des murs de papier
dans un appartement de verre
on s'y habitue
on ne le voit plus
on ne le sent plus
et
on finit par oublier

à ce moment là
on y fera
des enterrements
des fêtes découpées
dans des magazines de mode
copiés-collés
sur une rage de vivre
qui nous joue
puis nous échappe

nous irons
alors
pendre les crémaillères
les traits creusés par l'ombre

puis
nous braverons
tous les ravages
tous les interdits
avec de la nicotine sur les doigts
et toute la colère
qu'on a mis en reserve
dans les entrailles
des banques suisses

tu le sais
et tu avances en moi

nous finirons
dépaysés
en des lieux
pourtant intimes
relevant
autant de la fourrière
que de la carcéralité

ce qu'on nous impose
ressemble
de plus en plus
au fond du puits
d'une mine

pink

pink
on black
une fille de train
une nouvelle lumière
comme un néon fragile
branché sur l'éphémère

elle
s'ennuie
trouve le temps long
à force fixer le vide
ou ce qui défile
dans le paysage haché

elle
attend
l'arrivée
le terminus
quelque chose
comme un signal
annonçant la fin
des exodes

elle
cherche
la sortie
du tunnel
l'embouchure
d'un terrier
recouvert d'acier

elle
exit
trouve enfin
la fin de l'exil

elle
soupire

la lourdeur de son souffle
creuse un sillon
où plonge
un convoi de réfugiés
couvert de bagages
cernés de sueur
atteints de lenteur
aux tissus las

so bored
moi je rêve
d'arriver
avec elle
dans une gare
où se dissolveront
les entraves
et les convenances

2011-06-03

ritalin

des menteurs
des revendeurs
des receleurs
des pushers
de néant
avancent
vers nous
d'un pas défiant

ils savent
ce que nous avons
perdu

ils savent
ce qu'on a fait de nous

des êtres flous
qui s'entassent
dans des enclos d'acier

et
sous les pluies lentes
je les reconnais
ils étaient des amis
devenus des animaux
alourdis
et obèses
portant des loques
chargées
de lassitude

des êtres lestés
par de vieux sentiments

ceux-là même
sont de la race
des abandons
des abandonnées

il sont ceux
qui feront naître des sans-abris
dans l'intimité des portiques

les cadavres
viendront au monde
et seront fichés
classifiés
bagués
et
ils avanceront en troupeaux
derrières les fermetures-éclair
en suintant leur gras et leur sel
sur les pigeons
et les enfants

je viendrai
grossir leurs rangs

je serai
de ceux qui dorment
sous les ponts

je mendierai
pour boire ces alcools
qui ne saoûlent pas

et dans mes entrailles déchirées
je reconnaîtrai
de nouvelles faims

celles-là
seront
plus crues
plus vraies
plus vivantes
et je vivrai
tout en m'efforçant
de ne plus
engendrer l'échec

mais
je sais
que je célébrerai
la levée du jour
les nerfs
lessivés par le ritalin

afin de pouvoir tenir
un instant
de plus

bétonnade

des villes
au ralenti
aux pas silencieux
aux métros fixes
qui attendent
et qui digèrent
les passagers
un à un

au détour
des organismes de verre
des crustacés de cuir
des mammifères violents
qui s'accouplent
dans une bétonnade vivante

dis-moi
pourquoi
l'impulsion
s'est tue soudainement

rappelles-moi
l'implosion

quand
elle s'est éteinte
au fond de nous

dis-moi
que j'y ai encore droit

dis-moi
que je peux encore avancer

répète-moi
que je peux faire confiance
que cette étreinte va me retenir sur place

donne-moi
tes baisers d'ombres à paupière
qui me servaient de béquilles

soigne-moi
avec des cataplasmes de fortune
aux merveilleuses promesses d'endorphine

tu me fais rêver
aux salles d'urgence
qui brillent dans l'anesthésie générale

si seulement
j'avais des pinces de désincarcération
pour me sortir du quotidien

2011-06-02

imposteur

moi
je suis
un faux

un plus vrai
que vrai

un imposteur
un travesti
posant des actes
de délittérature
un petit voleur
vivant de ratures
au détour des phrases
en évitant les premiers jets

je suis
illisible
incorrigible
à moitié incarné
mal orthographié
toujours
dans une syntaxe
approximative

je me sais
cartographié
google mappé
par les satellites
de la CIA
qui me cherchent
moi et mes mots camouflés
dans des attentats
à la pudeur
ou ailleurs

pour ceux-là
j'écrirai
un manifeste absurde
avec en couverture
une mammographie
en couleurs religieuses

une photo
de charme
d'une icône
aux glandes pesantes
qui révélera au radar
ses tissus adipeux
sa sueur rance
coulant
comme des larmes
comme du lait
entre ses seins
pour disparaître
à petit feu

l'encre sèchera
ça s'évaporera

je m'effacerai