le phare
il me semble
que c'est cela
un oeil unique
cyclopéen
sur le vide
à scruter
le lointain
les infimes variations de l'horizon
pour des paquebots plus ou moins bancals
piratés dans le sang
quand la danse du mazout
ne coule plus comme avant
seul
le métier de gardien de phare
le métier de bourreau
transmis de générations en générations
comme une tare
comme un tatouage dans la cervelle
comme tout ce que l'on voudrait taire
à moins
que l'on parle de chamanisme
de ces vieilles indiennes
qui sont dans mon sang
là
prisonnières
sans le savoir
ma grand-mère
qui parlait aux chevaux
Maria
mais qui avait un nom indien
que je ne connais pas
que je ne connais pas
que je ne connais pas
et qu'elle a voulu effacer
je pense
à sa mère
qui connaissait
les remèdes ancestraux
les affaires millénaires
les siècles des chasses
les cueillettes creuses
les années tièdes
les peaux tannées
puis moi
fuck
je sais tout ça
je sais
et j'oublie
malgré tout
et j'ai des frissons
car
j'en porte la mémoire
j'en porte le poids
savoir
que je ne comprends pas
que je comprends rien
à cette magie
d'une terre vieille
qui remonte en mes veines
la trace indélébile
qui essaie de dire
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