2011-03-29

l'émeute comme le baseball

(à Daniel LeBlanc-Poirier)

tu as raison
on en est arrivé là
on fesse
on varge
on saccage
on casse

...Paklow!...

l'émeute comme le baseball
juste pour faire quelque chose
au lieu de rien faire

pour arrêter de s'en faire
pour arrêter de faire

on revient
on fesse
on casse
on varge
on se décarcasse
sur tout, sur rien
sur ce qui bouge
sur ce qui nous ralentit
sur ce qui va trop vite
sur ceux qui parlent trop

en fait
tout peut servir de cible:
nos relations
nos vacances dans le sud
nos jobs pas convaincantes
nos corps formatés, conditionnés et emballés par Costco

let's go...

on se fait des émeutes juste pour le fun!
un passe-temps de terroriste
pour le lanceur étoile
qui garnotte ses balles papillons au napalm

après ça
on se demandera lequel de nos enfants
a lancé le cocktail molotov
pour faire un homerun en fin de neuvième manche?

2011-03-28

un totem

(pour Jacqueline)

des animaux
des totems
des fétiches
des sacrifices incomplets
quand la bête ne meurt pas tout à fait
et qu'il faille l'achever

le corps raidi
irradié
envahi par les monstres
qui enfilent les visages

la laideur de la mort
quand on la regarde en face
quand on la touche
quand on la montre

spectacle
du poids de la chair inerte

démonstration
déformant
la carcasse
les traits
le faciès
floués par le réel
défilant
sous un masque
comme au carnaval

le souffle a glissé
en quittant
en colmatant les ouvertures
pour commencer un obscène ravage

lueur éteinte
quand tu ne bouges plus

ton visage gris
comme un totem
à ton effigie

2011-03-21

tapage nocturne

dans un bruitage d'étourdissement
des déesses cinquagénaires
dansent pour s'engourdir

ces vieilles brindilles de fille
frigides
full frontale
luisantes
frétillent 
pour une photo de cellulaire

elles connaissent
l'ennui
le plus cru
celui
d'un autre language
celui
du tangage
celui
du sexe flasque
celui
des ballerines de latex
qui font des stripteases
aux guerriers qui dorment
dans l'ivresse

ces fils de bulldozers
qui laissent tout tomber
avec leurs enfants de dix huit roues
avec leurs kids grand cherokee brun rouille
qui viendront essaimer l'autoroute
à la recherche de leur père

ces tueurs
de petite semaine
lâches et lousses
tatoués
de frustes morsures
qui grignotent
en petits carnivores
les vins de raccommodage
et les excès de vitesse

quand je pense
à tout ce temps
que j'ai passé au confessional
à me geler
aux gélules de calvaire
à me brûler
trop proche des phares au xénon
trop collé aux spotlight
aux varilight
aux streetlight
englué
de crème de menthe
de phlegme et de fréon

tout cela
pour m'extraire
des moments de lucidité
loin
de l'amour
frelaté longuement
en attendant que ça passe

en attendant
en attendant
en attendant
en attendant que ça passe

étourdir les viandes

étourdir les viandes
pour les morsures à l'âme
qui se cachent au fond
de ma camisole de force
à l'épiderme usé

je me sais
vivant
bruissant
sur l'aorte ouverte
branché sur la canicule
comme ce qui rage
entre tes cuisses
cuisantes

nos vieilles veuleries
aux couleur de chienneries
ont des résonances
de rengaines violentes
qui morcèlent nos mots
en nous maudissant
en nous crachant dessus
en nous grattant
le pus du regard

je m'adonne de nouveau
à l'errance
convenue
propre et bien mise
allant de pièce vide
en pièce vide
en pièce livide
abandonnant ma conscience
dans un filet de confiance

au condominium désert
les mugissements
les beuglements
des paquebots de béton à l'abandon
me rappellent
les cris de la guerre
tous les sacrifices humains
et les tessons de verre
d'après les colères

2011-03-18

fukushima

les camions dérivent
comme des caillous tordus
dans un torrent
d'embolies tectoniques

je t'ai vu
tatoué au plutonium 239
debout sur un toit
les poumons pleins
de nuages
de fumées
de vapeurs nucléaires
à twitter ta panique
sans attendre les secours

sur toi
les dérives arrivent
et tu agites un drapeau blanc
aux bateaux échouant
sous les viaducs

nul part où aller
quand le cellulaire
sonne
sonne
sonne

l'ordi se déconnecte
et te laisse ici
dans un trop-plein
de confusion

sur toi
les épaves chavirent

rien que des vagues
qui salissent
blessent
et coulent
dans une marée noire
de restes humains

ton souffle
court
entre les secousses et les cris

lessivé
entre les plafonds qui déchirent
et le sol qui craque

abrégé
entre la terre qui se défile
et celle qui prend toute la place

on dit que
le peuple tremble
moins que la terre

pourtant
une rate nucléaire
lui ronge les mitoses
lui bouffe les méioses
lui fait fondre le coeur
au creux des réacteurs

le mont fuji
rugit
gronde
puis se calme
pour digérer les compteurs geiger
et les restants de nagasaki

en son ventre
des dragons patients, immobiles
épient la prochaine épilepsie des plaques
en fumant des pastilles frittées de MOX

2011-03-11

asile

mes drapeaux
flottant à la morphine
à force
de fréquenter
les tentes d'oxygène

à l'architecture des nerfs
j'ai mutilé mes inflexions
bétonné mes envies
emmuré vivant
j'y ai laissé des traces
de doigts pollués

je t'accepte encore
toi et tes invitations coriaces
où les downers se mêlent
à la rage

nous ferons un autre duel
entre ton ventre et ma main

au recoin où les laines mortes gémissent
j'étire la machine de mes cuirs

tu évoques
la sueur
le martyre
la salive gelée au laboratoire
la sainte relique du SIDA

un cri
agite ma gorge stupéfaite
et se heurte
au plâtre froid
d'un matin friable

rien ne pourra déchirer nos visages*

debout
malgré les ouragans
défiant les déferlantes
en ces temps gavés
obèses de l'outrance

je me suis tellement
parfumé
maquillé
paré
emballé
suremballé
shrinkwrappé
dans la méfiance
que même mon coeur n'a plus le même ciment

je reste là
à trimballer nos corps de géants
dans les murailles du centre-ville

les gitans du béton
que rien ne désarme
ont des grenades dégoupillées
dans les poches
et rient

mais ils ne nous font pas peur
car rien ne pourra déchirer nos visages
ni les attentats
ni les prises d'otages
ni les enlêvements

tu seras alors
ma demande de rançon

nos muscles gonflés par l'orage
s'accoupleront dans la rage
nous aurons le courage
de ceux qui copulent
comme des empereurs
sous les débris d'obus

voiles tendues
draps en désertion
les ongles
grattent
scrappent
font leur forage
pour trouver l'or enfoui
sous nos empreintes

* titre d'un poème de Denis Vanier

boxer blood

comme un passage obligé
un long moment
passé dans les câbles
à reprendre mon souffle

je sais
je suis knocked out
je m'écorche à l'esprit flou
avec la peur
de sentir mes mains qui shakent
sans savoir quand viendra le prochain coup

peintures de guerre
tatouages incantatoires
masques de colère
tout s'efface
dans la sueur
tout se calme
par les cris

les poings au plexus
qui dirigent les corps
mènent la danse
tout va plus bas
tout va vers le sol

manoeuvré par la douleur
un taureau noir
dans le ring
rue dans ma peau
et m'encorne de l'intérieur

la cloche ne sonnera plus
j'ai un regard de dernier round
pour l'épave que l'on éponge
et qui me ressemble
avec ce sang de boxeur
qui coule dans mes veines

*inspiré par la pièce Boxer Blood du trio La Part Maudite

2011-03-10

steampunk II

stella by starlight
tu resistes
au metallophone
au ragtime dub qui te fait danser
lentement au foxtrot noir

le dj scratche au grammophone
c'est une autre soirée de gala et de vacuum
les sondes nous renvoient
des images en noir et blanc
des robes d'acetate sur pixels argentiques

stella
le bakélite de tes lèvres
ruisselle
rayonne de ses diodes

rihanna et josephine baker
chantent un blues pour isadora duncan
qui adorait les ballades en voiture
et les décapitations motorisée

pour la fête qui commence
je combine
opium cocaine et absinthe
construisant un asile
aux murs d'éther
décorés à la novocaine
de gaz moutarde

demain nous téléchargerons nos sentiments
et nos télégrammes auront des émoticons gravés dans le verre

les caméras nous déshabillent
les dictaphones nous épient
le siècle est en marche
mais nous ne suivons plus

nos pensées sont occultées
par la machine à nourrir l'impatience

Rockette

rockette fatigue
barmaid tattoo
tes cheveux noirs
vraiment courts
quand tu trônes
comme un chef d'oeuvre
aux hanches généreuses
dans l'électricité salissante
des guitares qui crachent
entre tes seins
qui ont survécus

tu seras
mon été
mon après midi
ma nuit blanche
ma canicule
mon entre-deux
mon trop-plein
de points de suspension
et je me battrai
pour être suspendu à tes reins
dans un juillet
qui sent le sexe

les corps fendus s'alourdissent
dans un round de boxe de canicule
qui se passe au ralenti

rockette qui danse
rockette qui jabbe
rockette au tapis
rockette à la petite boucherie
pour quêter une ceinture de championnat

mon après-midi
mon entre-deux
j'ai l'oeil
qui s'accroche partout
dans tes shorts trop courts
dans tes jupes de jeans
qui aiguisent tes jambes
qui crépitent d'entrecuisses
aux épilations obcènes
aux replis en scène
tout croches
tout proche

entre les pintes de pilsener
et les pincements de ventre
on trouve le réconfort où on peut

je sais que rien ne m'arrivera ce soir

encore trop occupé
à éviter
à attendre
à souhaiter
que rien ne m'arrive
que rien ne bouge
dans le camouflage du bar

Las Vegas

de retour à Las Vegas
la ville qui laisse des traces

ici
tout macère
dans une odeur de steak et d'oignons
on est ici pour le USDA Prime
rien de moins

viens
on ira au red light
boire le red wine
au Red Red Club
où on sert de la red dress
sur un red carpet

viens
on roulera sur la Strip
dans un Cadillac Escalade
gonflé à bloc
pour se faire une enfilade
de casinos rétractables
et de monuments gonflables

j'ai des éraflures rouges néon
que je cache sous mes jeans

viens
tes chairs me serviront
de moteur
et tes paillettes de cameltoe
brilleront comme des feux d'artifices
dans une nuit de luxe

tu as un physique de taser
la musculature brutale
des filles anabolisantes
qui défilent dans le ring
avec une armure en spandex

viens
je te laisserai
chevaucher les béliers mécaniques
avec les amazones climatisées
qui domptent les Hummers
topless dans un bain de boue

scarlatine, peste et urticaire

des taches de colères
de grandes fièvres
pour des visions de scarlatine, de peste et d'urticaire

on nous apporte les hallucinations
les moments barbiturés
qui nous déchirent la chair

je suis un scalpel pris
entre l'instant instable
et la pénible réverberation
du souffle au coeur

j'aime ce moment
quand ma peau crache ses poisons
souillant mes ulcères de lumière
dans un grand fracas
de sueurs glauques

j'y fais alors l'inventaire
des heures grises
dans le coulis
des larmes
mêlées à ma salive
aux reflets de nicotine

jette de la lumière
sur ma glaire
ma peau lessivée
quand triomphe ma flasque cuisse
malgré
l'âge qui beugle
l'âge qui ruine
l'âge qui détraque mes chairs
et ses béantes ouvertures

quand je relâche les muscles
mes fermetures suintent
mon corps s'ouvre
trop
et que je fuis

je suis une glaise fatiguée
qui se contamine si rapidement
malgré les bénitiers remplis de Purrell
et les javellisants du quotidien

un léger parfum nosocomial
me rouille comme le fer
alors
je voyage en ambulance
ou en corbillard
et tant pis
si cela dérape en frappant les piétons

drella camera obscura

un film ivre
aux images cassantes
déshabille le centre-ville

au coin de la rue
des starlettes piétinées par l'ennui
s'échangent des lambeaux de dialogues
pour une pharmacie noire
pour une pharmacie blanche
pour rien du tout
pour se nourrir
leurs veines démaquillées
pourrissant à même leurs ossements

il faut savoir
tout ce qui se cache sous le velours de Cental Park
ou dans les remous vaseux des des tripes de Times Square

j'ai souvenir de ce long métrage immobile

Andy Warhol peignant un paysage monochrome

entre New York et Nagasaki
la caméra tendue entre les doigts
capturant la conspiration des insomniaques

cette envie de contre-plongée
de zoom pénétrant
révélant
la noyade des apparences

pour un gros plan
assourdissant
dissonant
qui résonnera encore
quand arrivera le soleil du matin
et que Nico chantera Sunday Morning
sur le générique final

souillures

ma peau intime flambe
envahie aux souillures
par une encre fugace

on mutile le bout des seins
sur un fond de nuit

mon corps
mes viandes stériles
chavirent brusquement
à l'éclatement de l'instant présent

des pluies intérieures
m'ébrèchent soudainement

ma peau intime flambe
je deviens un fusil bouillant
j'entre en état d'amérique

naissance

déroulé
à même les désirs
mon frêle corps
naissant
vagissant
frétille
de tous ses cartilages déraillés

puis
dans un lit maculé d'ivresse
cabré dans les draps
j'annoncerai la fin de l'horizon
je prédirai de nouveaux miasmes
de nouvelles effluves
les phérormones numériques
les parfums bon marché
les Guerlain de synthèse
le Chanel amniotique
ou le vulgaire monoxyde de carbone

c'est alors que viendront les nouvelles maladies
envahissantes
salissantes
nauséabondes
comme des vapeurs de cloaque
sur des sueurs de morgue
au sein de nos hôpitaux
qui désirent tellement nous avaler

incandescences

j'ai rêvé d'alcools
profonds et luxueux
comme des parfums
dont l'indécence
se mesurerait
à l'incandescence

j'en ramène
des brûlures nouvelles
des braises vivantes
sous les avaries

je traîne
mes peaux lâches
d'étreintes improbables
en étreintes éteintes

je sens
la fatigue de mon sang
qui pulse
perdu
dans un océan
de veines

je frôle
les tisons que l'on m'offre
tout en gardant les cendres
de mon coeur
dans ma bouche

le temps me creuse
comme un parasite
squattant de l'intérieur

l'intimité de mes artères
éclatera sûrement
en anévrismes sévères

d'ici là
il me restera
une dernière allumette
pour l'incendie à venir

j'aurai toujours
cette marque indélébile
que tissent tes cicatrices
sur ma chair

suies

suies et perles
feutres vierges
posés à vif
près de l'aréole



les sueurs révèlent
ce spasme
quand tu danses
humide
aux tempes
qui chavirent

j'atteins
l'obstacle
pour me faire peur
me mettre à l'ouvrage
malgré la paralysie

je cambriole
tous les lainages
qui ondulent
sous tes étoles

jamais à l'heure
perdu dans la friction
si mon coeur
me sert de mine anti-personnelle
toi
tu marches
dessus

je ne serai
qu'un mensonge
passager
glissé
comme un premier baiser
d'adolescent
entre les dents

opaque

c'est opaque
et fluorescent
en même temps
et cela me trouble

j'ai séché
mes lèvres disjointes
je suis prêt à en découdre

trop de syllabes convenues
dévaluent mes actions
à sens unique

à ce bruit de fond
ajoute
mes pas perdus
et autant de tympans
qui buzzent

s'il y avait
des éclats d'acouphène
aux éclaboussures
de tes cris
je jouirais
nu
dans mes impûretés
jusqu'à ce que tes hanches défaillent

à la percée des flancs
se riant de la conjecture
un état de jachère naît
en nos coeurs

une aube trop hâtive
nous sort un soleil moqueur

rouge

rouge
monde subterfuge
guêpière du red light

que confectionnes-tu
si lentement
au fermoir des côtes?

je demeure intoxiqué
à brandir des torches
dans mes neurones

rouge
il grêle des soleils
et nous serons piratés
comme à Taiwan

nous resterons nus
sous l'armature des séismes
quand la pluie
percera nos peaux

rouge
cowgirl transgénique
au mascara égyptien
tu danses
quand ta toison s'éveille

tu danses
et tes viandes
exsudent
le virus
le silence
qu'on a enraciné péniblement
sous nos visages

Bangkok

les filles
arpentent la solitude

les nerfs pris
entre nylon et cuirs
je les touche
avec impatience

l'androgyne anonyme
porte son coeur battant
sous des cuisses
emblasonées de teintures
et décorées aux excisions

je manie ma violence
en des jeux
nullement insouciants

tu dis
je suis un couteau
brutal comme l'enfance
coupant, brillant sous les néons
comme un feu
au creux de tes paumes

le rituel imparfait
commence

dans l'acharnement
je suinte
au travers
mes chromes exhibés

on devine que ma chair se libère

je suinte
mes pulsions
qui s'étiolent
qui me déforment
et me cravachent
jusqu'à la démesure

jusqu'à mon cri debout
finalement

la moisson tiède du désastre
qui nous mitraille

le geste du sperme
dans l'oubli

la chair m'éclaire

la chair m'éclaire
au creux des poils
à l'opulence des aines
pour tes jupes trop courtes

tant de nuits sans lumière
à la claustrophobie rauque
des paroles rajoutées au silence

dans ma prison
de verbes noués
si parfaitement ajustés
nous survivons pourtant
à l'emmurement à vif
nos phrases perçantes
ouvrant des brèches au désir

tout ce qui s'échappe
comme le sable
ressemble à notre monde incendié

je me souviens alors
le brasier inavouable
allant de tes gestes bruts
à l'impudeur de tes lèvres
c'était au temps des détournements de hanches
l'époque des tournois de défiance
où s'enflammait notre témérité
où ma turgescence froissée
vomissait des lueurs
incessantes
de tant de tisons

ta voix frémit
aux braises parfois
tu fermentes l'envie
et l'affolement te rappelle
le foisonnement
sous le ficelage

les morsures pélagiques
les cordages aux poignets
on repasse en boucle
toutes les séquences du cataclysme

tu rumines
assise
sur le trottoir
aux fissures de la nuit
quand tout se casse
et crépite

la décharge noire
de tes poings crispés
frappe l'air

l'aube ailleurs

la source salie
par nos mains lépreuses

l'eau impure
que l'on doit boire malgré tout
la soif étant toujours plus forte que nous

le pus et le sperme mêlés
sur nos fourrures insoumises
inconscientes du frisson

ton cri brûlant
qui déchire tout
soir après soir
nuit sur nuit
sur nuit
sur nuit
sur moi
sous lui
tellement de nuits
sans que le jour
ne puisse naître

litanie de plaintes avortées
cachées
clandestines
en des plaies
qui ne cicatriseront jamais

monte moi
aux fièvres qui enserrent tes viscères
à l'épicentre illicite
qui agite tes omoplates
sous le musc du feutre

tu refuses
tu réfutes
tu nies
tu dis
que rien ne t'ébranlera
et que tu iras ailleurs
pour voir l'aube

phare

le phare

il me semble
que c'est cela

un oeil unique
cyclopéen
sur le vide
à scruter
le lointain

les infimes variations de l'horizon
pour des paquebots plus ou moins bancals
piratés dans le sang
quand la danse du mazout
ne coule plus comme avant

seul

le métier de gardien de phare
le métier de bourreau
transmis de générations en générations
comme une tare
comme un tatouage dans la cervelle
comme tout ce que l'on voudrait taire

à moins
que l'on parle de chamanisme
de ces vieilles indiennes
qui sont dans mon sang

prisonnières
sans le savoir

ma grand-mère
qui parlait aux chevaux
Maria
mais qui avait un nom indien
que je ne connais pas
que je ne connais pas
que je ne connais pas
et qu'elle a voulu effacer

je pense
à sa mère
qui connaissait
les remèdes ancestraux
les affaires millénaires
les siècles des chasses
les cueillettes creuses
les années tièdes
les peaux tannées

puis moi
fuck
je sais tout ça
je sais
et j'oublie
malgré tout
et j'ai des frissons
car
j'en porte la mémoire
j'en porte le poids

savoir
que je ne comprends pas
que je comprends rien

à cette magie
d'une terre vieille
qui remonte en mes veines

la trace indélébile
qui essaie de dire