2011-12-22

trachéoctomie

borderline
je m'avance
en saccades

je m'avance
d'une nudité farouche
prétendant être saoûl
pour foncer sur les tumeurs
puis les mastiquer 
lentement

je te rejoins
nous sortirons
de nos cocon
de nos repaires
de nos  reliquaires
pour nous exposer
aux nouveaux cancers

hugh hefner drive

tu as enfilé
ton peignoir
de soie

celui que tu réservais pour les grands événements

tout commencera
avec l'étourdissement

dans des soirées
de chair fraîche
passées
à tout consommer
vivant
à tout braquer
comme
pour un premier hold-up

à tout vouloir
ces armes blanches
ces poings
ces objets
qui frappent
comme des crowbars

tout crache
tout rage
tu viens de voler
un peu de rêve
au réel
avec un revolver

tu mimes
une prise d'otage
avec un g-string
avec une queue de lapin
collée sur tes fesses

point blank
tu me vises
d'un regard
à bout portant

nous ferons l'amour
aux lampadaires
pour mieux
nous greffer
aux trottoirs

nous y ferons
des centaines
de photos
de toi
de moi
d'elle
avec toi
avec moi
avec nous
avec lui
avec elle
faisant l'amour
avec ou sans
les parfums
du délit

nous irons
boire nos sécrétions
au motel des déroutes
celui dont les chambres
sont délavées
comme les néons
de Las Vegas

verso

le train
révèle 
tout

l'obscène
les tunnels
les usines 

vides

comme les revers
comme des façades inattendues
dans un cauchemar

tu reproduis
tout ce qui 
se dessine
à l'endos
des villes

le train
traverse 
tout
sans retour
possible

les déchets
l'urine 
les villes
les blocages
les entraves
les chaînes
on ne nous libère jamais

le passager
est captif
voyeur
d'un paysage
qui s'expose
à toute vitesse

le béton 
nous fait mal
sous nos plaies 
blanches
d'efflorescence

nos villes 
ressemblent 
à des éteignoirs
où on se fait descendre
lentement
un à un

nous sommes
comme ces graffitis
tous semblables
et animés
d'une révolte 
photocopiée
en noir et blanc
au dépanneur du coin

le train
traverse 
les charniers
les zones urbaines sensibles
les abattoirs
tout ce qui grouille
avec
ses dentelles de rouille
et ses petits bouts de ciel
derrière les conteneurs

les enfants 
jouent
avec des mégots
puis boivent 
des vodkas de misère
pour
se coucher
sur les rails
une façon
de passer 
le temps

2011-12-20

revers de ville

le  train
avance
révèle
obcène
les revers
les façades
l'inattendu
l'endos
le verso
des villes
les tunnels
les déchets
les traces d'urine
les entraves
les blocages

je suis
un voyeur

je suis
un passager
qui regarde
trop

un paysage
s'expose
défile
déroulant
l'encombrement
des vieilles bouteilles de vodka vidées
des fauteils brûlés
des cannettes de bière
des mégots partout
des usines vides
de toutes ces choses
qui agonisent

le béton cache
mal tout cela
et laisse tout dépasser
entre ses interstices
on voit
des dentelles
de rouille
des craquelures
des plaies blanches d'efflorescence
recouvertes de graffitis
interchangeables

en copie carbone
les cités glauques
les cloaques de ciment
ressemblant à des labyrinthes
se dressent dans l'urbanisme droit
des années glorieuses
de la télévision en couleur

si on y marche
la nuit
on se fait descendre
lentement
un
à
un

le train
traverse
tout
les charniers
les abattoirs
à ciel ouvert
les yeux fermés
cachés
derrière les conteneurs

les tunnels
se ressemblent tous
avec leurs éclairages
muets et froids

2011-12-06

égratignure

j'ai les nerfs
égratignés
par une usure
prématurée
et mes échecs
s'évaporent

je suis un
spasme imprévu
une incohérence
révélatrice

l'obscène
arrive
par mes muscles
à bout de nerfs

par mes gestes
imprécis
d'impatience
tout
trébuche
dans le temps

guide-moi
refais
pour moi
le tracé
des dessins
que je grifonne
à l'angoisse
à l'accident
et au crash

je me laisse aller
entre la collision pure
et une feuille peinte
par la peur

j'encre
mon instabilité
d'un crayon
guidé par l'instinct

les retouches
seront laborieuses
ou interdites

les ligaments
à l'abandon
ne suivent plus

mon dessin
a des airs
de mensonge

j'ai des nervures
qui grafignent

j'ai des griffures
qui râclent

le fond de mes tripes
dans un recoin
caché
me fait trembler

entre inconfort
et incompréhension
je révèle
alors
les contours
du cauchemar

2011-11-22

on the road again

dans ce train
encore une fois

on the road
again
à trimballer
même rengaine
mon sac de viande
mon duffle bag
et ma grosse valise noire

on
the road

the road
again

sans trop penser
sans rien vouloir
sans savoir quand je reviendrai
sans me retenir
sans mes souvenirs
surtout
sans vouloir revenir
sans vouloir te revoir
ni savoir
ni vouloir

vraiment
bousculé

vraiment
éparpillé

sans billet
de retour

un one way ticket
de proximité inconfortable
avec des étrangers
dans des compartiments étroits
aux surfaces trop lisses
qui reflètent
nos odeurs
nos haleines
notre haine
mal lavée

il y a
des marques de sueurs
sur les vitres
et j'ai des cernes
sous les yeux
comme quand
on s'est quittés
en slow motion
sur une douleur
de lenteur
avec des déchirures
au ralenti

2011-11-17

marlboro

fumée noire
fumée blanche
fumée bleue
fumée
tout court

fumée
des cigarettes
qui vole
avec son poison
au menthol

tout s'emballe
tout tourne
tout s'encrasse
et laisse sa suie
partout

une volute folle
me rend faible
et friable

j'en mesure
l'envoûtement
au nombre
de brûlures
sur mes doigts jaunis
ou ailleurs

dans le souffle
ou ailleurs

avec
les marquages
les perçages
les mégots
les brasiers anciens
ou plus récents

mes chairs
se souviennent
encore
des âtres
des foyers
des forgerons
qui soulèvent les tisons
et rallument
les addictions
menant
la danse
des convections

léché
par la fumée nue
cela
m'allume
m'excite
m'inspire
quand
tu me pollues
quand
tu me gaves
pour calmer mes désirs
quand
tu me ramènes
au nuisible

allez
encore une tournée
de toxiques concoctions

tout ce qui se consume
en format king size
m'achève à petit feu

2011-11-03

lourdeur

il y a
la lourdeur
des mots
qui nous colle
au sol

puis la
lourdeur
des gestes
qui nous rend
immobile

ensuite
la simple
lourdeur
d'être



avec
la stagnante odeur
de ce qui est digéré
avec ou sans nous

ce flux de toxines
aux gonades qui suintent
des hormones
de crêvures
sans les mots pour dire

on perd
toujours

ce qui gicle finit toujours
par se dissoudre



je suis là
avec mon poids
avec mes vieilles chairs
avec tout ce qui a pu s'incruster
dans mon cerveau
de manière irreversible
portant
mes cicatrices
mes conséquences
mes pertes de contrôle
comme autant de tatouages
sous ma peau

tout
ce temps
passé
à décortiquer le monde
à dépecer les viandes
à disséquer les bêtes
sans réellement
alléger
le temps présent

2011-11-01

goupilles

des amorces
des goupilles
des détonateurs
du C4
même
du gaz à lighter

tout peut servir
en ces temps
de terreur

tout peut
finir
par venir
rallumer
les souvenirs
mal éteints

nous savons
que parfois
les buildings brûlent
à cause de vieilles botches
qui glissent
entre le carton
et le prélart

et moi
je sais
ce que tu caches
dans tes vieilles boîtes

je sais
ce que tu cherches
à oublier

je pourrai te parler
de mon impuissance
à éteindre les flammes

puis je laisserai
mes pensées
s'entrechoquer
sans arrêt

2011-10-31

plomb

les pales de l'éolienne
tournent comme des ossements primitifs
dans un vent
ancien
pur
et
blanc

un sternum de baleine
greffé de dorsales d'épaulard
en spirales de calcaire
au sommet d'un mât

le mobile d'acier
tourne
pour avaler
nos cauchemars
et nos cataclymes
à venir

je grimpe
pour toucher
le ciel laiteux
le ciel nuageux
des souvenirs
d'une enfance
qui tourbillonne
à vide

tout tourne
sans arrêter
au milieu
du vent

les céréales millénaires
oscillent
et s'ossifient
comme les cadavres
laissés en pleine
campagne

l'éolienne
tourne
surplombant
ce que nous cultivons
entre deux guerres de plomb

2011-10-28

documentaire

partout
des rues
des impasses
des vitrines
qui scintillent
dans les gyrophares
des voitures de police
qui font du surplace
au centre-ville

toi
tu danses
pour me faire oublier
les cigarettes
et les cicatrices
laissées sur
ton corps
de guerrière

avec
tes barbelés
de dentelles drues
tu emballes
tes seins
dans un velours
de guêpière
qui réchauffe
et rassure

allez,
à soir
on fait peur
au monde

les vieilles dames
changeront de côté de rue
en nous apercevant

la nuit commencera
quand les étoiles perceront
ce vieux ciel de cuivre

elles sont là
elles arrivent
en haut
inaltérables
innombrables

aucun milliardaire
ne pourra les acheter

elles sont là
elles arrivent
en haut
si haut
et elles éclairent nos ébats
alors que
nous ébruitons
les lampadaires
avec un strip-tease
sur le toit
d'une voiture volée

nous jouons
à boire des shooters
de vieille booze
sur les carrosseries
d'un stationnement désert

on se passe
des puffs de monoxyde
des puffs de fumigènes
des puffs d'alerte orange
venant d'un siècle
en alarme

nos sexes imbibés
illuminent
nos perchoirs de béton
alors que
nous imitons
les passages cochons
de documentaires animaliers
où les primates effarouchent les bus de touristes
avec leurs sexes rouges vifs
durcis par les injures
et la captivité

leviathan

je vois
des créatures
nouvelles
ou très anciennes

je vois
nos villes
piétinées
réduites
à un petit peu
de poussière

un tas de mégots
dans le vent

des géants
de schiste
aux airs de cargos couverts de suie
viennent avaler nos montagnes
et boire nos sables bitumineux

leur monde achève
et le nôtre aussi

ce besoin
prondément
humain
de ne plus revenir
entre ces murs
de béton

c'est maintenant
que je veux
que tu m'avales

comme
Jonas
je parasiterai
tes entrailles
en me nourrissant
de fragments d'épaves
de narvals blessés
de vieux paquebots
de kraken
de boues sédimentaires
et
j'attendrai
ta mort
pour sortir

je renaîtrai
moi aussi
en avaleur
de gratte-ciel

videotranquillité

on cherche
à nous faire taire
à figer nos gestes
pour les reproduire
à l'infini

les policiers
pourront
copier
coller
leur violence
sur nos
crimes
non-résolus

tout ce
qui dégaine
qui éclabousse
qui est saoûl à midi
et qui frappe
sera répertorié
et catalogué

nous établirons
un registre
de tout ce qui bouge
et qui respire

puis
pour passer le temps
ils porteront un treillis militaire
décoré de tatouages
pour masquer
leur peur

nous
nous ferons
semblant
de camoufler
nos nerfs à vif
en nous
promenant
sur les quais
avec des morceau
d'effroi
dans les poches

prêt à sortir
une lame brillante
pour trancher
ce qui dépasse

sur les chaînes
d'informations continues

nous ferons
jaillir
un peu de sang
juste assez
pour que tout

arrête de gémir
en direct
au journal télévisé

2011-10-25

Charles-de-Gaulle Airport

l'armée de l'aéroport
monte la garde
d'un tapis roulant désert

interdiction de circuler
tout est bloqué
présentez vos papiers
c'est sans issue

êtes-vous regulier?
par ici la sortie

vous avez un accent?
est-ce un signe d'inferiorité
ou
une simple déviance linguisitique?

ah

c'est bon
vous pouvez passer

euh
vous êtes québécois, non?

oui
et vous
vous êtes fûté, non?

mes accents
sont aussi aigus
que les vôtres

c'est juste
que
ça
paraît pas
sur mon passeport

2011-10-24

madone

léopard
cuir
stilettos de verre

à mendier
des attouchements
au coin d'une table
pas loin des passants

tu fais bander
les camions-citernes
et les vieillards
en bavent d'envie
les policiers autopsient
tes bas-résille
pour chercher
des hormones
de synthèse
qui viennent
de mallettes noires
laissées
au pied des monuments

souvenirs
de tes attentats passés

léopard
cuir
vitraux de peaux
dans les cathédrales
du red light
tu brilles
comme une madone
recouverte de viande
et d'onguents

tes seins lustrés
par l'usure
portent une huile sainte
une délivrance
qui enivre
ceux qui peuvent
encore
les saisir
à pleines mains

spectacle

je dois
m'abreuver
à même le soleil
s'il le faut

je dois
crever mes abcès
et me guérir enfin

je boirai
toutes tes sueurs

pour délirer de toi
pour dégouliner de toi

avec tes hanches
qui me ramollissent
les genoux

je reviens
visiter le simple spectacle
de tes peaux

fumée

tu empiles
tes cassures
entre les factures
et les avis d'explusion

tu attends
des chèques qui ne viennent pas
des lettres sans adresse
des mises en demeures
des messages sur le répondeur
des échos
à toutes ces choses
qui t'enterreront vivant
pétrifié par le pouls des heures
par les coups de poing
sur la tôle et le béton

tu expireras
à force de donner
des coups de pied
sur les silences
qui te cadenassent

tu tomberas
à force de te battre
quitte à t'en casser les jointures

une rage
te réchauffe le souffle
avec la nocivité
d'une dernière cigarette
avant le sommeil

Montparnasse-Bienvenue

rien
n'est automatique

rien
n'arrive à l'heure

tout
devient
un imprévu
un aléa

mais
malgré tout
nous prenons
tout cela
pour acquis
en faisant
comme si rien n'etait

nous attendons
pour voir
si ça
passe
ou si
ça
casse

en gueulant
si ça merde
en braillant
des injures
entre les clopes
et le pinard
premier prix

les pieds dans la pisse
nous attendrons
accroupis
comme des mendiants
dans les couloirs du métro
ou les halls désertés

"on a eu un petit couac point de vue organisation"
me dit-elle d'un sourire faussement navré

miction

des mots
des conséquences
des frictions
des mictions
tout ce qui use
est là
entre deux silences

on en dit trop
en dépassant le cadre des mots

on se croise
sans se reconnaître
vraiment

nous sommes
catapultés
arqueboutés
et
pourtant
nous nous frôlons
dans des bousculades animales
à l'heure de pointe
que nous évitons

vient le moment
où la foule s'emballe
où tout se déballe
maladroitement
sur un fil de fer
dans le déséquilibre
ou l'ignorance

c'est alors que
je marquerai
mon territoire
au bout d'un trottoir

je te toucherai
avec mes promesses non tenues
ou mes envies abrégées
puis
je prendrai
alors
ma posture de toréador
ma position de combat
destinée à vaincre les taureaux
ou autres bêtes indomptées

et
je t'affolerai
par mes crachats
et mes capes rouges

je viendrai
alors
et je t'emporterai
avec
autant de témérité
que d'insouciance

j'aurai
pour seuls remparts
ma conscience et mes rancoeurs

puis
je t'embrasserai
comme si le jour à naître
ne viendrait pas

2011-10-12

high pressure sodium

orange
comme toutes les lueurs de la nuit
sur toutes les villes du monde

orange
la couleur
qui coule
qui suinte
puis qui déteint
en brunissant les arbres

je revois
toutes ces brûlures ocres
qui observent
les stationnements vides
qui servent de barricades
aux entrepôts de l'ordinaire

orange
qui vibre
dans l'air
à faire
crever les mouches

les ruelles
deviennent
monochromes
et les ombres filent
en fumant des cigarettes

orange
qui fuit
qui dégouline
et qui brille
d'un air obscène

cela
te brûlera les ailes

braconnier

ce besoin
irrepressible
de redevenir
un chasseur
un trappeur
un braconnier
un prédateur
ou juste
un animal
à domestiquer

je veux pister
tes humeurs
tes phlegmes
dans la ranceur
de tes replis

me tapir
loin dans l'ombre
pour toucher
au velours
de l'origine

sentir
le faisandage
de tes nerfs

puis partager
les restes de mon festin
avec le béton frais
pour en faire
un monument

humus

humus
et vagabondage
entre les souches
et les caches d'armes

je me dissimule
dans la forêt maquis
d'un coeur
corbeau

tu me vois
et tu me suis
avec ta violence
sous un manteau
de tant de viscères
laissés visibles
sous le vent

les guerriers se terrent
masqués par la boue
et le camouflage

je suis devenu si flou
perdu
dans un repère caché
en creusant mes tunnels
sous les bombes

au fond de nos colères
je joue au mineur
et je retire le diamant
de la dynamite
au creux de la rage

tu le sais
et tu te tais

2011-10-10

nuits blanches

nous
buvons
tous la même eau

nous
respirons
tous le même air

nous
rêvons
parfois la nuit

nous
voulons
tous un monde meilleur

nous
dormons
quand c'est possible

nous
nous
inquiétons tous
pour nos enfants

nous
sommes
le dénominateur commun
la majorité silencieuse
dans la course
aux dividendes

on nous divise
on fait de nous
de la viande

nous savons
que nous valons plus
que notre cote en bourse

nous
savons aussi
la solvabilité
de notre souffle
dans les comptes en banques suisses
de nos désirs

il est clair
que notre coeur
n'a pas de plan d'affaires
pour se mettre à battre

aussi
nous avons
tous peur de la mort

nous
sommes
des rêveurs éveillés

nous
apprenons
tous
à marcher

nous
avons
tous
le droit à la parole

nous
avançons
dans le futur
sans le savoir

nous
perdons
des gens de vue

nous
laissons
des attaches
des amarres
des ports connus

nous
quittons
le nid familial

et
nous
mentons
parfois

alors
nous
crions
nus
décharnés
à même
notre naissance

sans le savoir
nous
camouflons
nos sexes
turgescents
fluorescents
dans la nuit

puis
nous
errons

c'est à ce moment
que
nous
serons
bombardés
victimes
de messages
de publi-sac
ou autres pollutions

alors
nous
fuirons

nous
serons
libres

peut-être
mais pas trop

pour un instant

nous
serons
alors
tous
capables d'aimer

peut-être

capables du meilleur
et du pire

nous
serons
imparfaits

et
nous
aurons
un jardin intime
luisant

au creux
de ce qui
nous sert
de palpitations

et même
si nous avions des lois à respecter
nous les transgresserons

nous
aurons
le fardeau de la preuve

nous
aurons
les nuits
les plus
blanches

puis
enfin
la liberté

2011-09-07

saturation

je patauge
dans la saumure
des heures saturées

j'écoule
des journées
en comprimés
et
mes heures
sont réduites
à néant

j'applique
une poudre
dans la chiffonade
de nos peaux satinées
tandis que la noyade des jours
rythme
nos pulsations nocturnes

on m'offre
un soleil 
fuyant
qui ne réchauffe
plus autant
qu'avant

pour se rassurer
nous étirons
nos membres
pour communier
jusqu'à ce que la fermentation
nous impose le silence

bouette

je rêve 
d'un pipeline 
avide
pornographique
pompant 
des poèmes bitumineux 

straight pipe 
dans les veines de nos politicrates carnivores 

full blown orgasm
la bave brune pétrolifère 
qui professe ses injures 
dans un exorcisme 
de boues malades

pistes

j'ai fait
des pas
dans tes traces fraîches

j'ai fait
des pistes neuves
hors des sentiers
dans des sols froids
d'une boue immuable

j'ai laissé ma peau
dans ce qui remue
dans ce qui grouille
et qui peut nous engouffrer
à tout moment

je suis
pétri
de sables mouvants
de boues volcaniques
ou d'autres
sécrétions du sol

pétri
par ce qui avale
je suis

las
un enfant trop tiède
un enfant trop lousse
abandonné

je suis
de ceux qui ne croient plus
qui abandonnent
et qui espionnent
au fond des bois
quand
les glaces n'ont pas encore calées

entre toi et moi
reste un plan d'eau
une source
comme
tu te plais
à me le rappeler

crayon

un crayon rouge
celui dont l'encre coule

un crayon rouge
indélébile
celui qui te sert
à maquiller tes lèvres

quand
tu approches
ta langue
tes lèvres
et ta bouche entière

tout
ce qu'il y a d'électrique

tout
ce qui me sert à décrire
se répand plus loin
que l'étendue
de mes horizons déliés
avec ses ruptures
et ses interstices

les mots sont inutiles
des petits contenants saturés
jetés par terre

petite souffrance
d'une saleté passagère

laisse-moi décrire
ton horizon
à même
tes lèvres
ouvertes

starlette

je pense
à cette petite starlette
Stéphanie ou Isabelle

qui faisait du patinage artistique
avec ses cheveux gaufrés
de poodle docile

avec ses collants bruns pâle
couleur chair

des collants
opaques
qui ne laissent rien voir
sauf l'invisibité chaste
de nos envies diluées

est-elle
devenue danseuse?
ou chirurgienne?
ou assistante-dentaire?

erre-t-elle
comme moi?

elle aussi
dans la pharmacie...

accroché(e)s
à ce vide
qu'on s'injecte
pour passer au travers?

feu d'artifice

tu sors
dans la rue

les ruelles
peintes
aux gyrophares
te rappellent
ton enfance

la cour d'école
la fenêtre cassée
par les balles
de baseball

mais

tu t'ennuie surtout
des Louisville Slugger
qui faisaient des étincelles
quand on frappait la brique

ruptures

je cherche
une vague
plus creuse
plus pronfonde

venant
s'imprimer
aux creux
de tes reins

venant
illuminer
ton pubis
d'une nouvelle pluie
d'ambre
de lueurs glauques
d'embruns
salissants
parfumant
tes aines
ou tes aisselles

laisse
moi

laisse
tout tomber

laisse
tout
aller

et cela ira
crever
sur tes hanches
agitées

j'y verrai
alors
la logique
des ruptures

puis
celle
des silences

puis
je me tairai
enfin

laissant
tout
dériver
pour enfin
dévorer tes rêves
dans un défilé
d'images floues
s'évaporant
dès que l'aube
apparaît

proximité

nudité
d'une proximité
absolue

quand ta peau de vaseline
glisse sur le gravier
et que tu bouges
comme une fugue d'enfant

tu frottes
tes vapeurs de gasoline
sur tes replis d'hormones
sur tout ce qui dépasse
avec les fissures qui bavent
sur les dards

nous comprenons
alors
qu'il n'y aura
aucun chemin
pour s'en sortir
aucune sortie d'autoroute
aucune issue
juste un péage
une déroute finale
décorée de malaises

en pleine foule
dans la corrida
du centre-ville
tu jouis
sans consentement
devant nous
illuminant
la route

2011-08-29

liste

j'ai rayé ton nom
de ma liste
celle qui traîne
au fond
de mes poches

celle
que j'ai chiffonnée
à force de t'attendre
à force de te laisser
ta chance

je t'ai perdu
au fond de moments instantanés

du bonheur
en poudre
rapidement
dissolu

tout
ce qui se disloque
et qu'on fait couler
dans des alcools
de plus
en plus
forts

des remèdes
qui nous réduisent
à échanger des regards
sans se toucher
à faire des gestes
pour embrasser le vide

pour finir
pour fuir
dans la nuit
en récitant
des injures toxiques
troublant
le tragique
en s'adonnant
au trafic
des palpitations

2011-08-25

tournevis


tout me frappe
tout m'atteint
tout me blesse
j'avance
sans protection
ni filtre
les viscères
à découvert

malgré
les coups
les revers
je me tends
vers ton poing fermé

vers ces paroles
que tu aiguises
sans cesse
avec des lames de rasoir
sous ta langue
tu scandes
tes syllabes
de scalpel

je suis ton vieil amant
avec ma rouille
bien en évidence

je reviens
je suis ouvert
je reçois tout
puis j'attends

je panse
mes plaies
de tournevis affutés
comme des tatouages
de passage
au pénitencier

2011-08-17

cadavre baleine

je porte
des fruits
sans lumières

je suis
étourdi
essoufflé

même
le vin s'évente

en fait
tout s'éventre

les bidons sont vides
et il ne reste
plus rien à boire

en fait
plus rien n'est pour nous
plus rien ne nous appartient
plus rien ne remplacera
le fusil bien rempli
avec ses cartouches qui tuent

il y a là
plus loin

un cadavre baleine
jetté sur des berges
pour nous rappeler
que nous sommes
inassouvis
nus
et de moins en moins
vierges
et honnêtes

2011-08-03

fleuve

je voudrais être
une drogue noire
douce
sombre
et irresistible
pour pouvoir
te retenir
par les artères

je serai
un fleuve
une force
une crue
une cascade ivre
coulant
remontant
escaladant
tes veines

ensuite
en ton sang
je pomperai
ce qui te sert
de coeur

je
capturerai
enfin
ce qui remue
et s'anime
en ton ventre

2011-08-02

1982

matchbox
golgoth
déguisement d'Albator
armé jusqu'aux dents
pour aller faire un tour
sur Hoth
ou sur Dagobah

en visite chez toi
dans ta chapelle de Jedi
dans un bungalow de carton

je garde sur moi
l'odeur de ta chambre
avec l'humidité du sous-sol
qui nous moisit sur place
et
qui nous éloigne
des chambres interdites

celle de tes parents
qui sent fort
le parfum
et l'animal mouillé

celle de ton grand-frère
celle
qui cache tant choses
l'odeur sucrée de la marihuana
le cuir
les lanières
les chaînes
le lit d'eau et les vieux Playboys aux photos brunes
la crasse
les Adidas usés
les posters de Kiss
et de AC/DC

nous autres
les ti-culs
on se bat dans la cour d'école
pour devenir plus fort
pour avoir moins mal
pour fumer du vrai tabac

on se fait des trips
des buzz
des semblant de psychoses
on boit du concentré de citron
on s'injecte des sueurs de vinaigre
de la petite vache
et du Pepsi chaud
dans une bouteille de vitre
puis on trippe

ce qui invariablement
me ramène
à l'odeur
de la petite culotte
de ta petite soeur

la pisseuse
cherche mon regard
avec un gant de baseball
entre les cuisses

on va au parc
dans la fusée
qui ressemble à une cage

on a les jeux qu'on trouve
avec des filles qui s'égarent
qui fuguent
et
qui ne veulent plus jouer à la bouteille

des joints traînent par terre
les Tonka dans le sable
rouillent en silence

la piscine pleine de chlore du parc
te bleache jusqu'au coeur

vient le temps de rentrer souper
tes vacances trop longues
deviennent de plus en plus courtes

2011-08-01

gazoduc

veinages:
mon sang coagule
en tresses
de plaies vives
et
mes envies coulent
comme des noyades

tu me nies
d'une tendre terreur

puis

tu me dénigres
ornementée
aux armes blanches

tu me conjures
tu me brises
et prolonge
mes coupures

la cicatrice naîtra
pour te faire
un nouveau
trophée de chasse

j'aurai
une médaille de guerre
sur ma poitrine rapiécée
qui laissera voir
mes artères soudées
sur de vieux geysers

est-ce que tu devines
les gisements de rage
dans mon schiste
bien vivant?

2011-07-27

noeuds

il nous faut survivre
passer le corps dans l'ouverture
enjamber le seuil
recommencer les gestes
qu'on nous a appris
et refaire les noeuds
qui nous retiennent
puis serrer les dents
pour rester éveillé
pour tout voir
pour subir tous les affronts
jusqu'à ce qu'on nous fasse disparaître
dans un peu de terre

2011-07-26

paroles

parole
de glace
de béton
de glaise
mais parole

tu t'allonges
pour attendre
que je m'essouffle
que je m'abandonne
à défaire
ton corsage

les lanières de cuir
et les peaux agrafées
que tu me laisses approcher
me ramènent
à ma solitude

à
ce qui vacille
en moi

parfois je peux
m'y enfoncer
et mettre une barre d'acier
sur la porte
sur mes instincts
verrouillés
dans un malaise

sous les glaises
froides
de ton impatience
il y a
des nuits qui  filent
sans que nous échangions
un mot
un regard
un baiser
un geste

laisses-moi
un semblant de parole
et je serai guéri

2011-07-25

porto

le rubis sucré
que tu verses
dans un verre
fait écho
à ta cigarette allumée
dans une négligence
parfaite

déterminée
ta démarche
grave
me rappelle
les gestes d'une évadée
sortant
d'un pénitencier
ou d'un centre d'appel

la tête
dans le sable
on boit
à ta santé
dans un triplex de Rosemont
plus froid
qu'un congélateur de boucher
quand janvier
nous passe au travers

je passe mon temps
à suivre
les veines bleues
qui irriguent
tes cuisses musclées
entre le vice
et le vin rouge

je passe
mes doigts
dans ta chevelure
noire
bouclée
qui sent les herbes couchées
d'un soleil
révolu
oublié
au Parc Lafontaine

tu te ressers
un verre

tu le cales d'un coup
en riant
en pointant
les incendies
que tu as allumé
sans que je m'en aperçoive

2011-07-19

fluides

d'une douleur
à l'autre

d'une bouche
à l'autre

d'un souvenir
à l'autre

d'un rouge à lèvres
à l'autre

autant
de parfums volés
sur de petits seins perchés
dans une guêpière de l'Armée du Salut
avec pour seul relief
tes mamelons
qui sentaient
la thérébentine

je garde
sur moi
la trace des boules à mites
le marquage du territoire
entre l'aine et le fauve
veillant sur l'imprudence
qui braise en toi

baignade
dans les sueurs
à l'aube
au passage
des sécrétions

on s'attache
on tisse nos toiles
avec les fluides
qu'on trouve

le plus souvent
dans un flacon de verre
volé dans le bar de tes parents

verglas

le centre de la ville
enfoui sous la neige

j'avance
à peine
pris
au ralenti
emmuré
vivant

un cocon ouateux
coussine mes pas

une hécatombe nouvelle
froide
blanche
sans frontière
à la pureté
de mes traces vives
de mes inscriptions
légères
sur le coeur
de la Main


dans les pannes électriques
les hélicoptères de l'armée
ont retrouvé une forêt
de pylones tordus

un bruit de branche
qui craque
qui claque
déchire
un silence
qui ne semble pas
vouloir finir

2011-07-03

sauvage

à cette ramification
des veines menant aux feuilles
j'ajoute ma dérive dans les branches

la forêt brûlera

cette fois-ci les Canadairs ne suffiront pas

je serai alors
un glissement de terrain
un tsunami de chair blanche
avec la furie d'un volcan pur

je finirai
nu
recroquevillé
sur mes origines
comme un mutant
pétri d'une terreur
animalesque

lorsque je brâmerai
à en déchirer la lune
les caribous
sauront ce qui me ronge

je rêverai
au choc des mâchoires
les chiens arriveront
et je les sentirai

d'innombrables déchirures
aux griffes terreuses
suivront leurs empreintes
à l'odeur des sueurs

les canines séviront
au creux des nerfs
pénétrant
le musc de la chasse
et tout ce qui monte
dans le matin
des muscles
de la peur

des lacérations de lenteur
découpent l'intimité
te faisant retrouver
le frisson pur
du gibier

le sang glissera
entre tes fougères
et je ferai pour toi
une danse de pelage
un masque funéraire
une incantation
le long de tes cuisses

je te donnerai
un chant
unique
en hommage
aux cadavres du sous-bois
aux entailles
aux ligaments
au tissage
de nos viandes

tu promets de me fabriquer
un peu d'humus d'animal
pour nous permettre
d'être sauvage à nouveau

2011-06-30

scrapbooking

je suis à l'ébauche
d'une nouvelle tristesse
pour alléger
ce que je porte

j'élimine 
les bagages
contaminés
d'un passé
qui me colle
à la peau

malgré la mue
écrite
dans un cahier jetable

malgré la sueur
qui ruisselle
d'un musc reinventé

je ne parviens plus à 
renouveller ma gangue

gangrène
de trop de souvenirs
enduits
des traces
de nos égarements

nos ébats
pour s'affranchir
pour en finir au plus vite

car je sais
que tu gardes
les icônes saintes
de nos salissures
dans un scrapbook
verrouillé à clé

2011-06-29

night train

la ville
sera trop chaude
et le courant
sera coupé

le blackout
sera définitif

ce train de nuit
nous servira de refuge

les mains ouvertes
je m'efforcerai
de tracer
mon passage

la cécité
deviendra
nécessaire
un mode de survie
dans la sévérité
de l'obscurité

les gens s'entrechoquent
dans des bruits d'organes
méconnaissables

nous inventons
une nouvelle façon
de se cogner
aux parois

2011-06-26

souffles

tout ce qui part
en fumée
s'écoule
entre nos doigts
comme du sable

avec
nos porosités
nos capillarités
nos dermes
pas trop étanches
on essaie
de retenir les choses

à coup
de digues
de barrages
nous mettons
nos émotions en conserve
nous marinons tout
dans un congélateur de morgue

mais
ça bouge quand même

le béton fissure
les rides arrivent
le corps
ne répond plus
ne se déclenche plus
au bon moment

nous
ne sommes pas si libres finalement
dans nos cellules
nos serrures
des grands jours
avec ces deuils
qui s'enchaînent
et qui nous suivent partout

nous
sommes
un nombre défini
de battements de coeur

une quantité
de souffles

puis plus rien

reggae dub vibe

uptown
downtown
let the sound
go down
and astound

ma résonance
est unique
je la réplique
je resound
je rebound
je bounce
d'une voix magique
dans les echoplex
de Lee Scratch Perry

dans la statique
tout se déroule
dans la déroute

les passagers
de l'overdub
cherchent
du fire
dans les delays

train wreck riddim
pour les oreilles

du rub a dub style

me
ima tiger
inna full reggae vibe
avec une licence
pour les merveilles

je déracine
toutes les manoeuvres
dans un manifeste
rauque et nonchalant

entre deux lignes de basse
Roots Manuva
résonne
avec sa voix
qui se grave
qui se déplace
comme les esprits

puis vient
la danse
la noirceur
aux cuisses d'assaut
vibrantes de graisses
sanguines et nues

ce défi lancé
par les dancehall queen
ces femmes phaser
qui se maquillent au lazer
dans des déhanchements liquides
qui troublent et triomphent
en essoufflant les beatboxes

2011-06-19

cendres

sa posture
et ses mains jointes
me rappellent
l'inquiétude
de celui
qui refuse
de guérir

on attache l'infirme
à sa moisissure
pour lui faire comprendre
pour l'assimiler
à son humus
pour l'intégrer
à ses fientes
pour le composter
et en faire un terreau
pour y faire pousser
des monuments
des obélisques
des miradors

ensuite
on ira épier
ce qui se terre
dans la tiédeur
de ses cendres

on sait que
tout cela
nous fatiguera
rapidement
et qu'il faudra
tout recommencer

forêt

une forêt
la nuit
la torche remue
le fond du bois
pour réveiller
nos racines engluées
dans de vieux envoûtements
bitumineux

avec nos panaches
de mâles
laissant leurs traces
au passage
nous irons brasser
les cendres froides
de nos anciens rituels

nous piétinerons
le sol boueux et froid
avec nos pieds nus
pour oublier
les engourdissements
les callosités
la civilisation entière
dans nos carcasses
rendues molles
par la domestication

viens
nous ferons revenir
les sentiments évaporés
dans un mouchoir imbibé
d'essence

puis
nous éclairerons
avec les phares du pickup
la sauvagerie banale
les barbelés noyés
les caisses de 24
les chalets en préfini
et nous ferons
du tir au pigeon d'argile

2011-06-09

Texas

un coucher de soleil
laisse ses brûlures rouges
et profondes
sur les nuages

l'impression 
de l’orage
monte
enfin

une grêle 
nouvelle
cristalline 
et purificatrice
crachera 
sur l’ouvrage 
de nos chairs
qui fluctuent


nos mains 
d'argile crue
s'agiteront
dans un ballet 
d'articulations vives
consacrées à l'ouvrage

c'est à ce moment
que nous redeviendrons 
des sauvages
des êtres debouts 
les pieds dans l'usure

nous revendiquerons
nos sécrétions bénies 
et nos ceintures d'écailles

cette chaleur de fusil 
deviendra 
de plus en plus
intenable

nous reviendrons
alors habiter
sur nos terres

nous reviendrons
boire votre eau
sans vous regarder
ni vous comprendre

vous saurez alors
ce que nous sommes
venus faire

2011-06-08

black out hotel

tout se floue
tout devient mou
sous le poids
de l'alcoolémie

une anorexie
attaque le réel

ton visage effacé
aux traits pixelisés
flotte
dans les abcès
de ma mémoire

j'aurai
un conscience blur
un coup de photoshop
effaçant le tangible
retouchant la réalité
de manière indélébile

je serai là
mais pas toujours
intermittent
stroboscopique
une présence
aux allures
d'absence

cause
it's gone daddy gone
love is gone

gone daddy gone
love is gone

parti
enlever ta robe
pour me noyer
dans un désenchantement
que la vodka ne diluera pas

je cherche
une aube
une noirceur nouvelle
une perte de conscience
avec
au milieu
des gestes quotidiens
qui riment avec
toujours

carcéral

des murs de papier
dans un appartement de verre
on s'y habitue
on ne le voit plus
on ne le sent plus
et
on finit par oublier

à ce moment là
on y fera
des enterrements
des fêtes découpées
dans des magazines de mode
copiés-collés
sur une rage de vivre
qui nous joue
puis nous échappe

nous irons
alors
pendre les crémaillères
les traits creusés par l'ombre

puis
nous braverons
tous les ravages
tous les interdits
avec de la nicotine sur les doigts
et toute la colère
qu'on a mis en reserve
dans les entrailles
des banques suisses

tu le sais
et tu avances en moi

nous finirons
dépaysés
en des lieux
pourtant intimes
relevant
autant de la fourrière
que de la carcéralité

ce qu'on nous impose
ressemble
de plus en plus
au fond du puits
d'une mine

pink

pink
on black
une fille de train
une nouvelle lumière
comme un néon fragile
branché sur l'éphémère

elle
s'ennuie
trouve le temps long
à force fixer le vide
ou ce qui défile
dans le paysage haché

elle
attend
l'arrivée
le terminus
quelque chose
comme un signal
annonçant la fin
des exodes

elle
cherche
la sortie
du tunnel
l'embouchure
d'un terrier
recouvert d'acier

elle
exit
trouve enfin
la fin de l'exil

elle
soupire

la lourdeur de son souffle
creuse un sillon
où plonge
un convoi de réfugiés
couvert de bagages
cernés de sueur
atteints de lenteur
aux tissus las

so bored
moi je rêve
d'arriver
avec elle
dans une gare
où se dissolveront
les entraves
et les convenances

2011-06-03

ritalin

des menteurs
des revendeurs
des receleurs
des pushers
de néant
avancent
vers nous
d'un pas défiant

ils savent
ce que nous avons
perdu

ils savent
ce qu'on a fait de nous

des êtres flous
qui s'entassent
dans des enclos d'acier

et
sous les pluies lentes
je les reconnais
ils étaient des amis
devenus des animaux
alourdis
et obèses
portant des loques
chargées
de lassitude

des êtres lestés
par de vieux sentiments

ceux-là même
sont de la race
des abandons
des abandonnées

il sont ceux
qui feront naître des sans-abris
dans l'intimité des portiques

les cadavres
viendront au monde
et seront fichés
classifiés
bagués
et
ils avanceront en troupeaux
derrières les fermetures-éclair
en suintant leur gras et leur sel
sur les pigeons
et les enfants

je viendrai
grossir leurs rangs

je serai
de ceux qui dorment
sous les ponts

je mendierai
pour boire ces alcools
qui ne saoûlent pas

et dans mes entrailles déchirées
je reconnaîtrai
de nouvelles faims

celles-là
seront
plus crues
plus vraies
plus vivantes
et je vivrai
tout en m'efforçant
de ne plus
engendrer l'échec

mais
je sais
que je célébrerai
la levée du jour
les nerfs
lessivés par le ritalin

afin de pouvoir tenir
un instant
de plus

bétonnade

des villes
au ralenti
aux pas silencieux
aux métros fixes
qui attendent
et qui digèrent
les passagers
un à un

au détour
des organismes de verre
des crustacés de cuir
des mammifères violents
qui s'accouplent
dans une bétonnade vivante

dis-moi
pourquoi
l'impulsion
s'est tue soudainement

rappelles-moi
l'implosion

quand
elle s'est éteinte
au fond de nous

dis-moi
que j'y ai encore droit

dis-moi
que je peux encore avancer

répète-moi
que je peux faire confiance
que cette étreinte va me retenir sur place

donne-moi
tes baisers d'ombres à paupière
qui me servaient de béquilles

soigne-moi
avec des cataplasmes de fortune
aux merveilleuses promesses d'endorphine

tu me fais rêver
aux salles d'urgence
qui brillent dans l'anesthésie générale

si seulement
j'avais des pinces de désincarcération
pour me sortir du quotidien

2011-06-02

imposteur

moi
je suis
un faux

un plus vrai
que vrai

un imposteur
un travesti
posant des actes
de délittérature
un petit voleur
vivant de ratures
au détour des phrases
en évitant les premiers jets

je suis
illisible
incorrigible
à moitié incarné
mal orthographié
toujours
dans une syntaxe
approximative

je me sais
cartographié
google mappé
par les satellites
de la CIA
qui me cherchent
moi et mes mots camouflés
dans des attentats
à la pudeur
ou ailleurs

pour ceux-là
j'écrirai
un manifeste absurde
avec en couverture
une mammographie
en couleurs religieuses

une photo
de charme
d'une icône
aux glandes pesantes
qui révélera au radar
ses tissus adipeux
sa sueur rance
coulant
comme des larmes
comme du lait
entre ses seins
pour disparaître
à petit feu

l'encre sèchera
ça s'évaporera

je m'effacerai

2011-05-20

défaillance

je veux ma défaillance
je veux me rompre
je veux me briser
sous le poids
du calcaire
de mes os

des gestes inutiles s'accumulent
au fond de mes articulations
et je veux m'écraser
en solitaire
baigné
souverainement
d'une sainteté étrange

puis
crier
ce qui me floue
dans un écran
cathoholique

car
je suis
sali
brûlé
infecté
par l'automatisation des fièvres
par tout ce qui croupit
et se décharne
sous la gaine
de mes chairs
pixellisées

j'en reviens alors
aux sensations primaires
aux jeux de l'enfance
aux couleurs qui fanent

comme
te tenir la main

comme lécher les commissures
de tes lèvres
aux recoins sombres

2011-05-16

Milano

des saveurs
des mots vifs
des parfums inédits
des rues vertes
encadrent des pierres sculptées
qui défilent
à toute vitesse

pronto
pronto
preggo
l'oeil se perd
à lire l'avenir dans des talons aiguilles
sur les pavés de Milano
on s'y perd

puis
on joue à l'oracle
on trébuche
on se noie
dans une flaque de grappa
et on perd l'équilibre
dans l'accélération brutale
des trams
des motos
des Alfa Roméo
qui débordent aux intersections

puis on se confond
et on se repère
dans le brouhaha
de la foule qui s'entasse
devant la vieille cathédrale

in fine
il ne reste
que l'impatience italienne
qui fuse hors des cuores
comme un feu
un fuoco baci
baignés dans la luce
la lueur grisante
du vino rosso
sur les places publiques

in Milano
j'ai vu les monuments bouger
le marbre s'animer
le bronze se liquéfier
défier la résonance des vieilles pierres
et prendre des airs d'opéra

in Milano
aux déchirures des Ferrari
s'ajoutent les scooters
qui se faufilent
entre les vagues de voitures

in Milano
les surfeurs du mazout
cherchent des signorinas
entre des staccato de klaxons
et des brutalités Ducati

pronto
pronto
preggo
ristretto sur les lèvres
sans amertume
et couvert de sourires
sur les terrasses à boire

je suis ivre
d'infusions inouïes
ivre
par une nuit
de fontières floues
aux rebords indéfinis

pronto
pronto
preggo
cette lune à Milano
me revient maintenant
comme une nuit sucrée
comme un dulce de leche
qui me colle au palais
et qui ne me quitte plus

noisy noirceur

en volant
un peu de ton parfum intérieur
j'ai eu les doigts pris
entre tes veines crasses
et les sangles de nylon
qui retiennent ton harnais

saches que
je reprendrais aussi
un peu de l'huile de tes seins
si je le pouvais

ensuite
nous irions à la découverte
pour quitter tout
pour atteindre la déception
comme une forme de plénitude
d'un dernier jour
flottant au vent
comme un mensonge de cuir
humidifié par le cauchemar

suant dans les draps
je fractionnerai mes envies
en injectant mes gaz
dans nos gisements
de pure perte

nous serons alors neutralisé
en rouge
et en vif

pour ensuite
grisonner en accéleré

pour ensuite
éteindre ce qui nous reste
de la particule élémentaire
de ce petit peu de bonheur

2011-05-01

graffiti girl

tu colonises
tout

les carapaces
les simulacres de l'espace
les semblants d'abri
les refuges institutionnels

tu te réinventes
de l'intérieur
en extrasoft
en spray fluo
en drop shadow

tu reviens
tu recharges
tu te fais
fille de la guerilla
improvisant
dans la ville
greffant
ta grappe
de griffures
sur la pornographie ambiante

tu pénêtres
nos trajets
nos métro
nos RER
jusqu'au coeur
du quotidien

tu aimes
scarifier
cicatriser
les chairs
des quartiers populaires
pour y peindre la nuit qui s'achève

fille fatale
fille brouillon
fille brutal
fille d'un film it yourself
que personne
ne verra
ni sur youtube
ni ailleurs

2011-04-30

Van Horne

au radeau de tes regards
dans la grammaire des bruits
des artères au printemps
j'écume la ville
j'épuise le souvenir
de la rue Van Horne
et le coin de rue
du presque baiser
dans l'hésitation
du méfait
quand les masques
de mutations chaudes
ont eu le regard
porté ailleurs

malgré tout
nous luttions
contre nos engrenages
contre nos veines
qui se frottaient
dans les déclics
de l'éphémère
à vitesse grand V

après le délit...

...la fuite

j'ai passé l'overpass
à rouler dans la rage
de long en large
dans du black kilométrage
pour oblitérer
mes sens
un à un
en commençant par le toucher
puis en continuant
à rouler vite
à rouler fort
à rouler dur
pour oublier
une fois pour toutes
la chienne des secondes à naître
la chienne des heures qui fuient

pour oublier
que j'ai tellement eu la chienne
de t'embrasser
tellement...

natrium cyanide

debout
perdu
comme de la neige brune
dans un hiver de lèvres gercées

l'étreinte
de l'ennui
sur le pont Jacques Cartier
du fleuve menteur

un téléphone éteint
que j'abandonne
dans l'usure
du bruit des moteurs

un savant mélange
de vodka
et de suaire
pour la grande révélation 
pour la lumière qui purge

tes mains chaudes 
qui palpaient ma peau
comme des lames de rasoir

un rayon de soleil
sur tes seins
percés à coup de mégots

à force d'attendre 
je vais retourner me coucher
avec cet arrière-goût:

un dernier verre
sur mes plaies
le soir inachevé
qui se mêle à la sueur
des suicides en série
qui ne cicatrisent pas

une peau suintant
suffisament
pour faire pâlir la marée

une fille déviante
qui me laisse son sourire
dans matin de craquelures aux aines

je ne sais pas qui a vomi dans l'évier

(remix d'un texte du 1997-04-03)
(remix 2013, d'un texte paru en 2011)

2011-04-23

drone hurleur

je serai
ce dictateur
épilé

nu
dans ma robe de verre

parfumé
au gaz moutarde

je vous ferai 
mes discours de vent
sur des pages molles
teintées de violet
de rose
et de virus

je vous embrasserai
l'intimité 
avec toute l'indécence
de ce qui pue au coeur
des manifestes lubriques

je serai
un drone hurleur
une déchirure
comme une fêlure
dans un ciel de plomb

je m'écrierai
au-dessus de vous

je serai
un vrombissement pur
limpide de haine

je mâcherai
de la chair vive
au creux de mes mandibules

mes factions de mercenaires
viendront vous chasser

les jeunes filles qui tressent les barbelés
attendront de copuler avec les tanks

je gémirai
de plaisir
ou de honte
en enfonçant
un porte-avion
ou un lance-roquette
dans vos gorges

j'aurai un inventaire complet

l'arsenal parfait:

des exterminateurs
des rats
des assassins
des blattes
des banquiers
des guépards
des commandos
dopés
aux os de graphène
pour extraire
vos huiles et vos phlegmes

ensuite viendront
des matamores
aux chromosomes synthétiques
lubrifiant leurs bruyantes musculatures
sous des veines pétries de transgénisme

puis
des lutteurs huilés
de gangrène et de pus
chevauchant des méduses
de marque Harley Davidson

et encore
des phalanges de zombies
fumant du crack
qui avaleront tout ce qui respire
ce qui bouge
ce qui remue
ce qui rêve
encore

j'ajouterai ceci:

tout ce qui bouge
sera matraqué
ensuite

j'orchestrerai
les plaies
les pluies
les missiles tomahawk

il y aura symphonie
un scherzo lance-flammes
aux percussions de shrapnels
ponctuées de bombes à fragmentation

je dirigerai
la confusion
les gènes
et les corps
avec des électrochocs
pour seuls repères

en ce printemps
c'est la révolution
on fait tomber
mes bustes de bronze
mes effigies de chrome
mes affiches de demi-dieu

une colère
bactériologique
me ravage
me contamine
de l'intérieur

on me dit déchu

2011-04-10

basse révolution

nuits clairesemées
par trop de voyeurisme
brutifiant les visions
des agissements granulaires
quand le détaillé high end
se passe en haute résolution

rougeurs d'usures
traces de silicone
oedêmes et pustules
comme des ornements
à l'usure des sexes

je laisse traîner mes papilles gustatives
sur ta graisse
lubrifiant au contact
les kilobytes
le rinçage
et les pincements
dans le frottement des laideurs

je me fais un tournoi
de grincements de dents
en rougissant
les yeux honteux
de tant de couleurs

je suis amoureux
d'une panoplie
de poupées empoulpées
dans une ère de crunk
qui danse nue
sur des tables
en basse révolution

corporate hobo

they say there is no place like home
pourtant je flotte
ma tête vagabonde
sur un oreiller d'hôtel
entre deux mondes

j'ai un Blackberry ombilical
branché sur le head office
et je fais le monitoring
du silence radio

mes craquelures
mes messages
mes mots
de syllabes vagues
à peine prononcées

mon écriture numérisée
dans l'adn de mes sms
lancés comme des s.o.s.

corporate hobo
j'erre encore
debout
aux rues
pleines
ou vides
transitant
en transe
parasitant
en hésitant
entre destinations inconnues
ou trop familières

je suis
ce bétail
ces passagers abasourdis
en masse muette
en meute massive
défilant en silence
avec un regard
d'atterissage

les miles défilent
le kilométrage continu
au passé, au présent
pour un futur en conserve
sur des rails indéfinis
ou des corridors aériens


dans les trains usés ou les avions remplis
nos bagages pèsent plus que nos corps alourdis


les miles défilent
les kilomètres continuent et passent
ma rage à présent contenue
ne mène à rien

l'itinérance d'affaires
la cravate comme une laisse
entre la vie et le business

ceux que l'on laisse
pour des acronymes dans l'ivresse
ont des restants de cartes d'affaire
tatoués dans les poches

black shoes
black suit
black tie
autant de ceintures noires
et de combats simulés
dans des allées de supermarchés

l'homme de fer
l'homme d'affaires
le corporate hobo
erre solitaire
entre chemin de fer
et liaisons d'affaires